Crime

En Inde et en Afrique, tirs à vue contre les braconniers

La lutte contre le braconnage: une guerre où tous les coups sont permis?

Akash Orang ne s’est toujours pas remis d’une blessure par balle aux jambes. En juin de l’année dernière, ce petit garçon qui vit à proximité du parc national de Kaziranga, dans le nord-est de l’Inde, s’est fait tirer dessus par un gardien. Cette réserve abrite des tigres, des rhinocéros et des éléphants, trois espèces parmi les plus menacées. Les tragiques méprises de ce genre seraient nombreuses. En Inde, au Kenya, en Tanzanie ou au Botswana, les gardes-faune ont pour instruction de tirer à vue contre les braconniers, a accusé mardi l’ONG Survival, active dans la protection des populations indigènes.

Part de «racisme»

«Certains pensent que la mort d’innocents est justifiée, que des dommages collatéraux sont inévitables dans la lutte contre le braconnage. Evidemment le racisme joue un rôle ici: les politiques de tir à vue seraient inimaginables en Amérique du Nord ou en Europe», pointe Stephen Corry, le directeur de Survival. Ce dernier vient d’écrire au Haut-commissariat des droits de l’homme, basé à Genève, pour qu’il se penche sur cette question. L’ONG accuse les gardes forestiers de Kaziranga, en Inde, d’avoir exécuté sommairement plus de 100 personnes ces 20 dernières années. Un décret du gouvernement local les exonère même de toute responsabilité, poursuit Survival.

Egalement basé à Genève, le secrétariat de la CITES dit n’être au courant «d’aucune politique officielle de tir à vue» parmi les 183 pays membres de ce mécanisme, qui interdit le commerce des espèces les plus menacées. «La protection de la nature ne peut pas être incompatible avec la protection de droits humains», déclare Juan Carlos Vasquez, du secrétariat de la CITES.

Lire aussi: «La CITES, gardienne des espèces menacées»

L’Inde n’est pas le principal front de la guerre que se livrent braconniers et gardiens de l’environnement. Les affrontements sont bien plus violents en Afrique. Le trafic illégal d’ivoire, de corne de rhinocéros et de bois précieux est prisé par des groupes mafieux, parfois liés à des rébellions. En face, les gouvernements africains font souvent appel à d’anciens soldats d’élite pour protéger la faune. Certaines réserves privées ont leur propre armée de rangers pour protéger leurs animaux sauvages, leurs meilleurs arguments touristiques.

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