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En Inde, la guerre des «fake news» fait rage sur les réseaux sociaux

A l’approche des élections législatives, Facebook a supprimé près de 100 comptes créés par certains partis. Dans un pays en proie aux tensions politiques, les fausses informations, diffusées dans une douzaine de langues, sont difficiles à filtrer

Des centaines de millions d’Indiens vont se rendre aux urnes pour renouveler la Chambre basse du parlement, dès le 11 avril et jusqu’au 19 mai prochain. Depuis 2014, celle-ci est dominée par le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti de droite nationaliste hindoue du premier ministre, Narendra Modi. Alors que la campagne bat son plein, la désinformation et les fake news pullulent sur les réseaux sociaux, rapporte le New York Times.

Lire l’article original: As India Votes, False Posts and Hate Speech Flummox Facebook

Lundi, Facebook a annoncé avoir supprimé des centaines de pages et de faux comptes en lien avec le BJP et son principal rival, le Congrès national indien. Des comptes contrôlés par l’armée pakistanaise ont également été effacés. La tension s’est encore accrue entre les deux pays depuis le 14 février, date à laquelle un attentat suicide a tué près de 40 paramilitaires dans la zone frontalière contestée du Cachemire indien. L’Inde avait alors accusé le Pakistan. Depuis, plusieurs raids aériens ont eu lieu des deux côtés de la frontière et de nombreuses fausses informations sont diffusées afin de discréditer le camp adverse.

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Récemment, une vidéo prétendant montrer une attaque aérienne indienne contre un camp terroriste présumé au Pakistan a été largement partagée sur Facebook. Ces images étaient en fait tirées d’un jeu vidéo. Des photographies de cadavres enveloppés de blanc représentaient, elles, des victimes de la canicule de 2015. «Je n’ai jamais vu autant de faux contenus circuler à partir d’une seule information», avait alors tweeté Trushar Barot, responsable de la lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux en Inde.

Longue préparation en amont

Dans un contexte politique tendu, les élections législatives indiennes représentent un enjeu colossal pour Facebook, qui compte près de 340 millions d’utilisateurs dans le pays. Katie Harbath, responsable des politiques publiques du réseau social lors d’élections internationales, affirme que son équipe se prépare pour cet événement depuis près d’un an. «Ce sera difficile à gérer car la période de vote est longue. Sans compter que les fausses informations peuvent être écrites dans une douzaine de langues», assure-t-elle. La plupart des filtres de Facebook sont, eux, élaborés pour la langue anglaise, rappelle le New York Times.

De plus, la plupart des publications problématiques proviennent directement des candidats, des partis politiques et de certains médias locaux. Ces stratégies de désinformation comprennent notamment la diffusion de messages via un réseau de partisans rémunérés. «Pour Facebook, ces élections sont perçues comme un test en prévision des élections présidentielles de 2020 aux Etats-Unis», explique Graham Brookie, directeur du Digital Forensic Research Lab, un groupe de réflexion autour des campagnes de désinformation. En effet, Facebook avait déjà été critiqué pour son rôle dans la diffusion de fausses informations en faveur du candidat Donald Trump, lors de la campagne présidentielle de 2016.

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Filtrer les discours haineux

Pour réussir à démêler le vrai du faux, le réseau social collabore depuis un an avec deux organismes indépendants: le groupe indien de fact-checking Boom ainsi que l’Agence France-Presse (AFP). En février dernier, le nombre de langues couvertes par les algorithmes de Facebook a même été augmenté à sept. L’entreprise a également décidé d’être plus transparente sur la publicité politique sur son site, en publiant des rapports hebdomadaires sur les annonceurs et leurs dépenses. Ainsi, depuis le 21 février dernier, quelque 103 millions de roupies (presque 1,5 million de francs) ont été dépensées en vue de promouvoir un parti ou un candidat indien via Facebook.

Toutefois, il reste difficile pour le réseau social de filtrer les discours haineux de certains politiques. L’année dernière, le parlementaire hindou Raja Singh avait notamment qualifié les musulmans de «tueurs de vaches» sur son mur Facebook. Si certains de ses propos avaient été immédiatement supprimés par le réseau social, d’autres étaient restés plusieurs mois, entraînant des lynchages, la majorité hindoue du pays considérant les vaches comme sacrées. Selon l’organisation américaine de défense des droits de l’homme Equality Labs, 80% des publications incitant à la haine envers une caste ou une minorité religieuse ne sont pas directement supprimées après avoir été signalées. Seules 50% sont ensuite retirées quelques mois plus tard.

WhatsApp lance un service de vérification

Utilisé par plus de 230 millions d’Indiens, le service de messagerie WhatsApp, détenu par Facebook, est souvent vecteur de désinformation. Un sixième des utilisateurs de la plateforme seraient membres de groupes créés par des partis politiques indiens, déplore une étude citée par The Atlantic. L’année dernière, de faux messages avaient conduit à plusieurs lynchages, notamment basés sur des rumeurs d’enlèvements d’enfants au nord de Bombay. Près d’une trentaine de personnes y avaient trouvé la mort.

Ce mardi, la plateforme américaine a lancé un service permettant à ses utilisateurs de demander une vérification des messages. Nommé Checkpoint, ce service pourra passer en revue photos, vidéos, liens et textos et sera capable d’opérer dans quatre langues régionales indiennes (hindi, télougou, bengali et malayalam).

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