Sous un ciel gris d’hiver, les regards sont lourds et les voix tremblent. «Honte à la police!», «Gouvernement fasciste!» crient les étudiants rassemblés par milliers, lundi 16 décembre, devant l’université réputée de Jamia Millia Islamia, dans le sud de Delhi. Ils sont sous le choc des affrontements intenses qui ont eu lieu ici même, la veille au soir, lors de leurs protestations contre un nouveau texte de loi qui facilite l’attribution de la citoyenneté aux réfugiés venus des pays voisins, à l’exception des musulmans. Depuis que le texte a été adopté au parlement, le 11 décembre, les étudiants sont au cœur d’un mouvement contestataire, relayé par l’opposition, qui dénonce une réforme «anti-musulmane» et une dérive de l’idéologie nationaliste hindoue du premier ministre Narendra Modi.

«Ce gouvernement veut nous empêcher de protester, s’emporte Ehasanullah Khan, un doctorant de Jamia. C’est inacceptable!» Lui s’est retrouvé aux premières loges, dans la bibliothèque de l’université, quand les unités policières antiémeutes ont fait irruption, chargeant les étudiants à coups de bâtons et lançant des gaz lacrymogènes. «Dans le chaos, j’ai juste essayé de me protéger», dit-il. Au final, près de 200 étudiants auraient été blessés, dont deux par balles. Des vidéos montrant leurs camarades ensanglantés à l’appui, les étudiants s’indignent de la brutalité de la police qui, de son côté, les accuse d’avoir incendié des véhicules à l’extérieur du campus. «Nous avons été traités comme des animaux», dénonce Suhevalam, l’air sonné. Devant le portail de l’université, le jeune homme est assis sur une chaise, la jambe bandée, fracturée à la suite des coups des policiers. Et refuse de bouger tant que la loi n’aura pas été retirée.