Une étrange navette aérienne vient de débuter entre l'Inde et Israël. Depuis mercredi et durant une semaine, 218 «Bnei Menaché» (des Indiens qui se présentent comme les descendants d'une tribu biblique perdue) quitteront leurs lointains villages asiatiques pour s'installer définitivement en Terre sainte.

Originaires des Etats de Manipur et de Mizoram (nord-est de l'Inde), les «Bnei Menaché» étaient animistes jusqu'au début des années 1950. A l'époque, leur leader spirituel aurait découvert leur origine biblique alléguée et ses fidèles ont alors repris la pratique de la religion juive.

Combien sont-ils? Officiellement, pas plus de 9000 mais, en raison des croisements intervenus au cours des siècles, leur communauté prise au sens large regrouperait plus de un million de personnes apparentées. Pour l'heure, 7000 d'entre eux attendent en tout cas l'autorisation de s'installer dans l'Etat hébreu.

A l'instar des Falashas (les juifs d'Ethiopie ayant émigré en masse dans le courant des années 1980) et de nombreux juifs ex-soviétiques qui se sont installés en Israël à partir de 1990, les «Bnei Menaché» désireux de vivre en Israël sont obligés de subir un processus de conversion au judaïsme imposé par le rabbinat orthodoxe. En 2000, six rabbins ont donc été envoyés en Inde afin de régulariser la situation religieuse des futurs émigrants. En quelques mois, 900 «descendants de la tribu perdue» ont été convertis et plusieurs milliers de demandes ont été enregistrées. Mais le gouvernement de New Delhi n'a pas apprécié de voir des fonctionnaires d'un Etat étranger opérer sur son sol, et le processus a été interrompu. Pour reprendre ensuite plus discrètement...

Au début des années 1990, encouragés par Michael Freund (un ancien directeur de la communication des Services du premier ministre israélien) et par le «Yecha» (le lobby des colons), quelques centaines de «Bnei Menaché» avaient cependant déjà émigré en Israël sur une base individuelle. Ils avaient atterri à Tel-Aviv avec un visa de touriste et s'étaient convertis sur place avant d'être pris en main par des organisations nationalistes qui les ont poussés à s'installer dans les implantations juives de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Lors du démantèlement des implantations de Gaza (août 2005), l'administration chargée de «recaser» les colons a ainsi découvert que 146 «Bnei Menaché» vivaient parmi les 6500 colons de Gouch Katif et qu'ils constituaient le groupe d'origine étrangère le plus important de ce bloc de colonies.

Ces derniers jours, apprenant l'arrivée de 218 «frères oubliés», les responsables du «Yecha» se sont de nouveau déclarés prêts à accueillir les nouveaux venus dans les «communautés de Judée-Samarie» (les colonies de Cisjordanie). Mais ce ne se fera sans doute pas dans l'immédiat puisque les arrivants ainsi que ceux qui les suivront seront d'abord orientés vers des centres d'intégration situés en Galilée.

Pour Michael Freund et pour les partisans de leur émigration massive, les «Bnei Menaché» constituent un «réservoir de population» dans lequel Israël devrait puiser pour empêcher la population palestinienne de devenir majoritaire dans la région d'ici à 2050. Selon eux, l'arrivée massive de ces nouveaux émigrants dynamiserait les colonies de Cisjordanie (dont 50% des habitations restent vides) tout en compensant la chute de l'émigration en provenance des pays d'Europe de l'Est ainsi que d'Amérique du Sud.

Pratiquants, conservateurs, mais ignorants des données géopolitiques de la région, les «Bnei Menaché» ne savent pas forcément ce qu'ils font en s'installant en Cisjordanie. La plupart d'entre eux ne se rendent pas compte des difficultés qui les attendent en Israël. Parce qu'ils n'arrivent pas à parler l'hébreu en raison d'une polyphonie différente de celle de leur langue d'origine et parce que les mœurs américanisées de l'Etat hébreu sont radicalement différentes de celles de leur terre d'origine.