Asie

En Indonésie, des habitants peut-être engloutis à jamais

Une semaine après le séisme et le tsunami qui ont frappé le centre de l’île de Sulawesi, les opérations de recherche se poursuivent dans la ville de Palu, près de l’épicentre. Mais d’autres zones plus reculées attendent toujours de recevoir de l’aide, tandis que des corps sont enterrés sans pouvoir être identifiés

La veille du mariage de sa cousine, Andriana Jalaludin, 38 ans, avait réservé trois chambres à l’hôtel flambant neuf Roa Roa, pour ses parents, elle-même, son mari et leurs deux enfants. C’était il y a tout juste une semaine, le jour où le séisme et le tsunami ont frappé le centre de l’île de Sulawesi.

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Andriana Jalaludin se trouvait alors à l’étage du bâtiment, le deuxième plus haut de Palu pourtant conçu aux normes antisismiques. Au bout de quinze minutes de secousses, «quand l’immeuble s’est effondré, j’ai senti ma tête écrasée par la chute d’un mur. Mais il me restait assez d’espace pour respirer et appeler à l’aide.» Secourue quelques heures après avec ses enfants, Andriana Jalaludin a vu son mari mourir, transpercé par un débris, tandis que ses parents, qui se trouvaient dans la pièce d’à côté, manquaient à l’appel.

Prostrée sur sa chaise en plastique juste en face de l’immeuble éventré, Andriana Jalaludin guette le laborieux travail des deux tractopelles récemment acheminées. «Je viens tous les jours, reste ici du matin au soir et ne vais nulle part ailleurs. Je suis venue ici avec mes parents et veux repartir avec leur corps.»

Fosses communes

Alors que 22 personnes restaient portées disparues jeudi à l’hôtel Roa Roa, dont une membre du personnel âgée d’une vingtaine d’années, deux corps ont été retrouvés dans la matinée: celui d’une jeune femme mince «dans les toilettes», puis celui d’un homme «portant un tatouage au cou». Ils seront emmenés dans l’un des hôpitaux de la ville pour identification.

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«L’espace commence à manquer», admet Agus Hariono, le responsable des opérations sur ce site. Est-ce à dire que de nombreux corps sont enterrés sans être identifiés? Agus Hariono botte en touche: «Nous faisons au mieux pour amener tous les corps à l’hôpital; néanmoins, je ne suis pas responsable de la partie identification.» Chaque jour à Palu, des dizaines de corps sont enterrés dans des fosses communes.

Car une semaine après le séisme et le tsunami qui ont frappé en même temps le centre de l’île de Sulawesi, le nombre total de disparus reste inconnu. Dans le village de Sigi Biromaru, à moins de 20 kilomètres de Palu, l’odeur des corps en décomposition est bien perceptible. Ici, durant le tremblement de terre, le sol devenu subitement liquide sous l’effet des secousses a aspiré plusieurs maisons, prenant au piège les villageois, tandis que la faille a déplacé plusieurs habitations sur plus d’un kilomètre.

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«Emportés par un torrent de boue»

Jemin Tan, qui vit avec toute sa famille, raconte avoir vu plusieurs personnes «chuter de près de deux mètres dans la faille avant de disparaître, emportées par un torrent de boue». Il raconte avoir lui-même miraculeusement survécu «en s’agrippant avec 20 autres personnes au toit de leur maison». Selon son estimation personnelle, seuls 25% des villageois ont survécu.

Livrés à eux-mêmes, la plupart font d’ailleurs avec les moyens du bord pour tenter de récupérer ce qui peut encore l’être dans des bâtiments réduits en ruines. Equipé d’un simple bâton et de ses tongs couvertes de boue, Agusalim Luta Benyamin est lui à la recherche de son beau-frère, englouti avec sa maison. Démonstration à l’appui, il nous montre comment il tapote le sol pour sonder le sol, puis prendre un peu de terre pour la sentir dans le creux de sa main. L’odeur ment rarement.

Encore aucun déblaiement

Au moment où Le Temps s’est rendu dans ce secteur de Sigi Biromaru, aucune équipe ne semblait avoir commencé à déblayer le terrain, où le sol s’enfonce facilement de plusieurs centimètres par endroits. Agusalim Luta Benyamin rapporte avoir repéré au moins huit cadavres avec son bâton. «J’ai prévenu les autorités, mais j’ignore quand on viendra les chercher.» Le vieil homme raconte également avoir marqué les emplacements en y plantant un bâton, après avoir tenté en vain avec d’autres de déterrer le corps à la simple force de leurs bras.

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Le dernier bilan du séisme et du tsunami du 4 octobre dernier fait état d’au moins 1500 morts et 60 000 déplacés. Selon les Nations unies, 191 000 personnes ont besoin d’une aide d’urgence. Des quartiers entiers ont disparu sous l’effet de la liquéfaction du sol. A Sigi Biromaru, la terre a peut-être englouti les corps des villageois à jamais.

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