L’annonce est tombée hier. «Les ONG étrangères qui ont déployé des humanitaires étrangers sont informées qu’elles doivent retirer leur personnel immédiatement», indique la directive publiée par la BNPB, l’agence nationale indonésienne de lutte contre les catastrophes naturelles.

Le 1er octobre, l’Indonésie avait pourtant demandé l’aide de la communauté internationale pour les victimes du séisme et du tsunami qui ont frappé le centre de l’île de Sulawesi le 28 septembre, tuant au moins 2000 personnes. Il y a une semaine, l’ONU avait estimé à 191 000 le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence.

Principales visées par ces restrictions: les ONG étrangères qui ne respectent pas la procédure d’enregistrement obligatoire. Tandis que certaines se sont plaintes de leurs difficultés dans ces démarches, les autorités indonésiennes ont été critiquées pour la lenteur de leur intervention, donnant lieu dans les premiers jours à des scènes de pillage avec des Indonésiens à bout.

Nombreux frais déjà engagés

«Nous avons dû chercher nous-mêmes nos missions, tout en nous mettant à disposition des autorités locales», témoigne Eric Courtois, membre des Pompiers humanitaires français, première ONG étrangère arrivée à Palu. Après avoir longtemps attendu un «papier officiel qui n’est jamais arrivé», c’est finalement la présidence indonésienne elle-même qui a donné son feu vert aux pompiers français pour intervenir. Ils ont participé aux opérations de recherche et de secours à Petobo et Balaroa, où la liquéfaction des sols, provoquée par les secousses et un terrain détrempé, a englouti des quartiers entiers.

Ce revirement indonésien suscite de la frustration chez les ONG étrangères, «surtout pour celles qui avaient déjà engagé des frais pour venir», poursuit Eric Courtois. «Des ONG ont renoncé à venir car le processus d’enregistrement est trop compliqué en Indonésie. Après, c’est leur pays, leur peuple, leur décision et nous ne pouvons rien y faire», réagit Glen Hulley, de Project Karma, d’origine australienne, déjà implantée en Indonésie et spécialisée dans l’assistance aux enfants victimes de trafic.

Nombre de disparus à la hausse

On ignore le nombre total de travailleurs humanitaires étrangers déployés qui sont concernés par la directive de la BPNB. Pour sa part, la Suisse figure parmi les premiers pays à avoir offert son aide: 25 au départ, 20 dans les faits. A la demande de Djakarta, la Confédération a envoyé à Palu une délégation du Corps suisse d’aide humanitaire, composée de 14 experts, ainsi que 30 tonnes d’articles de secours, pour un budget de 2,5 millions de francs.

En partenariat avec la Croix-Rouge indonésienne, le CSA intervient essentiellement pour répondre aux besoins en eau, avec l’envoi d’abris d’urgence et de kits de purification d’eau destinés à plus de 200 000 personnes. Au moment où nous écrivons ces lignes, l’ambassade suisse à Djakarta, contactée par courriel, n’était pas en mesure de fournir le nombre d’ONG suisses déployées sur place et qui se seraient auparavant signalées.

Alors que le nombre de disparus – 5000 – a été revu fortement à la hausse pour 2000 morts confirmés, le bilan humain devrait grimper après la fin des opérations de recherche prévue en fin de semaine. «Nous avons des gens sur place pour gérer la situation», a déclaré à la TV britannique Sky News le porte-parole du ministre indonésien des Affaires étrangères. Il y a trois mois, lors du séisme qui avait tué 500 personnes sur l’île de Lombok, l’Indonésie avait refusé l’aide internationale.

Sur place, les difficultés persistent

«Durant le tsunami de 2004, qui avait touché Banda Aceh, la situation était un peu chaotique, avec énormément d’ONG arrivées sans aucun contrôle», se souvient Jean-Jacques Putallaz, ancien travailleur humanitaire basé à Bali. «Sur le long terme on ne peut exclure que le gouvernement indonésien souhaite mieux contrôler l’ensemble, et c’est compréhensible.»

Dans la région, les difficultés persistent pour acheminer les secours. L’aéroport de Palu, dont la tour de contrôle a été détruite, n’a rouvert que progressivement. «Nous ne pouvons pas faire venir les avions-cargos. Du coup, ils sont obligés d’atterrir à Bornéo, où les abris provisoires, les cargaisons de kits d’urgence et les jerricans sont transférés sur de plus petits avions pour être transportés jusqu’ici», rapporte le responsable Asie de la Croix-Rouge finlandaise, Andreas von Weissenberg.

Pour aider les rescapés du séisme indonésien, il est possible de verser ses dons à la Croix-Rouge, dont la branche indonésienne participe à la coordination avec les ONG étrangères.