La police fédérale américaine a défendu mercredi son intégrité en mettant en doute la véracité d’un rapport parlementaire confidentiel qui l’accuse de partialité dans l’enquête sur la campagne électorale de Donald Trump en 2016.

Ce rapport de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, présidée par le républicain Devin Nunes, est une nouvelle étape dans la bataille politique entre l’administration Trump et l’agence fédérale, jalouse de son indépendance mais accusée d’être anti-Trump.

Les démocrates dénoncent pour leur part un moyen détourné de discréditer l’enquête ouverte en mai 2017 par le procureur spécial Robert Mueller sur une éventuelle collusion entre le Kremlin et l’équipe Trump pour influencer la campagne. Les agences de renseignement avaient unanimement conclu fin 2016 à une ingérence de Moscou, mais le président Trump a toujours nié toute collusion avec la Russie.

Un rapport, bientôt rendu public

La Commission a approuvé lundi soir la divulgation d’un document de quatre pages, malgré l’opposition ferme du Ministère de la justice et du FBI. Le rapport contiendrait en effet des informations sensibles sur les opérations américaines de contre-espionnage.

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Mais Donald Trump n’a pas semblé en faire grand cas en affirmant mardi soir à un élu qu’il serait publié «à 100%, ne vous inquiétez pas». Le secrétaire général de la présidence, John Kelly, a précisé mercredi sur Fox News que le document serait «publié très rapidement […] et tout le monde pourra le voir».

Le FBI a donc choisi mercredi de sortir de sa réserve habituelle par un communiqué laconique. Il affirme prendre «au sérieux ses obligations (pour obtenir des autorisations d’enquêter) et le respect des procédures supervisées par des fonctionnaires de carrière au Ministère de la justice et au FBI».

«Comme nous l’avons exprimé lors de notre premier examen, nous sommes très inquiets concernant des omissions matérielles de faits qui affectent de manière fondamentale l’exactitude du rapport», affirme le Bureau fédéral, qui souligne avoir eu «un accès limité» au document.

Le ministre adjoint Rod Rosenstein visé

Le document, selon les médias qui citent des élus ayant pu le lire, suggère que le ministère et le FBI ont commis des abus de pouvoir pour obtenir l’autorisation, au nom de la sécurité nationale, de surveiller les communications de Carter Page. Ce conseiller diplomatique de l’équipe de Donald Trump était soupçonné d’espionnage en raison de ses contacts réguliers avec des responsables russes.

La commission vise notamment le ministre adjoint, Rod Rosenstein, qui a obtenu la prolongation de cette autorisation après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Rod Rosenstein avait nommé Robert Mueller et il est le seul à pouvoir limoger le procureur spécial.

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Le rapport affirme notamment que la surveillance se basait sur l’enquête controversée d’un ex-espion britannique, Christopher Steele, sur les liens entre Donald Trump et la Russie. Pour les républicains, ce dossier est partial car financé par les démocrates qui étaient alors encore au pouvoir.

Devin Nunes a ainsi fustigé mercredi dans un communiqué l’utilisation d’«informations non vérifiées dans un document judiciaire pour alimenter une enquête de contre-espionnage pendant une campagne politique américaine».

Un conflit entre l’agence fédérale et Donald Trump

Enfin, le document contiendrait des preuves que le ministère a cherché à discréditer le président américain, qui a dénoncé un FBI à la réputation «en lambeaux» à cause des supposées sympathies démocrates de certains agents. Le président a limogé son patron James Comey en mai 2017, alors qu’il dirigeait l’enquête russe, et son numéro 2, Andrew McCabe, a quitté ses fonctions mardi, à quelques mois de la retraite. Le nouveau directeur, Christopher Wray, nommé par Donald Trump, avait déjà défendu ses troupes en décembre.

Le rapport est révélé alors que l’enquête du procureur Mueller se rapproche du président américain. L’homme de loi souhaite en effet l’interroger pour tenter de déterminer si Donald Trump s’est rendu coupable d’entrave à la justice, notamment en limogeant James Comey.

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Les membres républicains, majoritaires à la commission, ont «voté pour faire passer l’intérêt personnel du président et peut-être leur propre intérêt personnel avant l’intérêt national, en se privant de la possibilité d’entendre le ministère et le FBI», a déploré le démocrate Adam Schiff.