Après plusieurs jours de fortes pluies sur la côte Est, un nouveau bilan des autorités locales fait état, jeudi soir, de 341 morts et 41 000 personnes affectées en Afrique du Sud dans des inondations, a annoncé le ministre de la province, Sihle Zikalala, évoquant une «dévastation de vies humaines et des infrastructures sans précédent».

«La phase intense de sauvetage est en grande partie terminée. Actuellement, notre travail consiste principalement à récupérer des corps», a déclaré à l’AFP, Travis Trower, qui dirige des équipes de secours. Originaire de la région, il a avoué être témoin de la pire catastrophe en 20 ans» dans la province du Kwazulu-Natal (KZN, est). L’armée a été mobilisée pour apporter un soutien aérien pendant les évacuations.

Des hommes et des femmes ont péri noyés, des enfants et des bébés sont morts ensevelis dans des glissements de terrain. La plupart des victimes ont été enregistrées dans la région de Durban, grand port africain ouvert sur l’océan Indien et épicentre des fortes pluies qui ont commencé le week-end dernier. L’état de catastrophe a été déclaré.

Des milliers de maisons détruites

Les habitants de Durban ont commencé mercredi à repousser la boue et ramasser les décombres dans des paysages dévastés. Ponts effondrés, routes submergées, à certains endroits autour de la ville portuaire, les glissements de terrain ont laissé de géantes brèches dans la terre comme fendue par les torrents d’eau déversés en l’espace de quelques jours. Plus de 250 écoles ont été touchées, des milliers de maisons détruites. Les autorités s’attendent à des centaines de millions d’euros de dommages. Les secouristes décrivent, elles, «un cauchemar». Des personnes sont encore portées disparues.

Le président Cyril Ramaphosa s’est rendu mercredi matin auprès de familles endeuillées. A Clermont, une banlieue pauvre de Durban, il a promis l’aide du gouvernement à un père de famille qui a perdu ses quatre enfants, ensevelis dans l’effondrement d’un pan de leur maison. «Nous voyons des tragédies similaires frapper le Mozambique, le Zimbabwe, mais aujourd’hui c’est nous qui sommes touchés», a déploré Cyril Ramaphosa.

La région a déjà connu des destructions massives en juillet lors d’une vague inédite d’émeutes et de pillages.

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Eviter l’eau potentiellement «contaminée»

Des milliers de personnes se sont retrouvées sans toit, une vingtaine d’hébergements d’urgence ont été ouverts. La ville de Durban a appelé «à la patience», les opérations de secours étant ralenties «en raison de l’étendue des dégâts sur les routes».

Déblayés avec des pelleteuses, certains axes ont été rouverts mais la plupart des routes sont encore inaccessibles, jonchées de débris ou noyées dans une eau brunâtre. Les autorités ont demandé aux populations d’éviter autant que possible tout contact avec cette eau potentiellement «contaminée».

Dans certaines zones, l’eau et l’électricité sont coupées depuis lundi. Dans le township d’Amaoti, dans le nord de Durban, où la plupart des habitations sont faites de plaques de tôle ondulée ou de planches de bois, des grappes humaines ont rempli des seaux d’eau potable puisée à même des canalisations mises à nu après l’effondrement d’une gigantesque portion de route.

Les autorités locales ont lancé un appel aux dons de produits alimentaires non périssables, de bouteilles d’eau et de tout ce qui pourrait tenir chaud. Des pillages ont été signalés.

Répit avant le week-end

Les prévisions annoncent des orages et des risques d’inondations localisées pour le week-end de Pâques. Ces nouvelles intempéries devraient aussi affecter les provinces voisines du Free state (centre) et de l’Eastern Cape (sud-est).

Certaines zones de la province ont reçu des pluies à un niveau qui n’avait pas été atteint depuis plus de 60 ans, selon l’institut météorologique national. «En 48 heures, il est tombé plus de 450 mm d’eau dans certaines zones», a déclaré à l’AFP la prévisionniste Dipuo Tawana. Les météorologues ont comparé le niveau des précipitations à celui «normalement associé aux cyclones».

Aggravation du changement climatique

«Nous savons que c’est le changement climatique qui s’aggrave, on est passé de tempêtes extrêmes en 2017, à des inondations supposées records en 2019 mais clairement dépassées aujourd’hui en 2022», a mis en garde Mary Galvin, professeur d’études du développement à l’Université de Johannesburg.

En 2019, des inondations dans la région et la province voisine du Cap-Oriental avaient déjà fait 70 morts et dévasté plusieurs villages côtiers dans des coulées de boue.