C’est «apocalyptique, on n’a jamais vu cela», dit un magistrat au Monde, à Mandelieu-la-Napoule. «On n’a plus de voiture, on n’a plus de maison. On a tout perdu. Il y a 10 centimètres de boue partout, […]. J’ai marché sur la télé sans même m’en rendre compte. C’est Tchernobyl», constate un citoyen désespéré, hébété devant ces images dantesques. Devant ces dizaines et dizaines de voitures enchevêtrées les unes dans les autres, témoins du passage des eaux qui ont ravagé une partie de la Côte d'Azur dans la nuit de samedi à dimanche mais qui ne disent pas celles et ceux qui y ont laissé leur vie. Dix-sept personnes, selon le dernier bilan, et l’on recherche toujours quatre disparus.

A lire: dimanche, le sud-est de la France se réveillait à peine d’un week-end apocalyptique.

Alors, oui, «comment ne pas voir dans ces inondations meurtrières comme un rappel?» s’interroge Sud-Ouest; comme «un coup de semonce» sur ces «noms qui font rêver: la promenade des Anglais, la Côte d'Azur, le cap d'Antibes? Des lieux qui évoquent la douceur de vivre, le farniente, une promesse d’éternité»? Et puis le paradis «s’est mué pour quelques heures en enfer». «En quelques heures, il est tombé l’équivalent des pluies de tout un mois d’octobre, soit 10% des précipitations annuelles», indique Libération.

A Antibes, la Brague «s’est transformée en torrent fou emportant tout sur son passage, noyant 450 bungalows sur le camping du même nom». «Sur nos 450 mobil-home, je pense que 400 iront à la casse», juge un propriétaire. Au Parisien, un autre homme «avoue ne pas encore avoir réalisé qu’il est un miraculé. Lebj Pozementier, 82 ans, est revenu dimanche devant le passage souterrain sous la gare de Cannes où il a failli se noyer sous trois mètres d’eau»: «J’ai fermé les yeux en attendant la mort», dit-il.

«La main de l’Homme»

On aurait tort de ne pas y déceler «la main de l’Homme», dit l’éditorialiste, en soulignant que «les pluies diluviennes ont des conséquences qu’aggrave une urbanisation excessive et souvent mal conçue». «Tant de morts» sur le littoral azuréen, selon L’Humanité, interrogent «les dispositifs de préparation et d’alerte à ce type d’événement, ainsi que l’aménagement urbain». «Le bétonnage de nos campagnes et de nos villes va à l’encontre des lois de la nature», enchaîne Le Journal de la Haute-Marne, et l'«on commence à comprendre que le réchauffement de notre planète nous amène irrémédiablement vers des catastrophes de plus en plus fréquentes, de plus en plus meurtrières si l’on reste sans réaction», prévient-il.

«Ces rappels soudains que nous adressent les éléments portent un coup dur à l’anthropocentrisme ainsi qu’à l’arrogance des ingénieurs», note de son côté Le Républicain lorrain: «Faute d’avoir été suffisamment protégés de la rapacité des promoteurs et des bétonneurs, des pans entiers du littoral français sont devenus des zones à risques majeurs». Et «la nature», pas folle, «ramène régulièrement l’homme à sa dimension volontairement oubliée».

«Comment prévoir l’imprévisible?»

Ce lundi matin, «le nettoyage se poursuit après le déluge», écrit Le Figaro. Mais d’autres médias, comme Le Point, mettent en évidence l’état d’impréparation de la population et des autorités: «Le phénomène relevait à l’évidence d’une alerte rouge» qui n’a pas été donnée, est bien obligée de constater le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

D’autres voix s’élèvent. Avec l'«intime conviction que quelque chose n’a pas fonctionné». Mais «comment prévoir l’exception? Comment prévoir l’imprévisible?» répond le maire de Mandelieu-la-Napoule sur Radio France internationale: «Ce n’est pas un cas de figure qui est connu, identifié par les gens compétents.»