L'extrême nord-est de l'Inde ressemble à un véritable marécage après les pluies diluviennes de la mousson et les nombreux glissements de terrain qui se sont produits au cours du week-end. La plupart des rivières et des fleuves de la région sont sortis de leur lit et se sont transformés en torrents meurtriers et ravageurs faisant près d'une centaine de morts et 2,5 millions de sans-abri. Les sept Etats qui forment le nord-est de l'Inde, une partie du Bengale occidental, du Bihar et certaines régions d'Himachal Pradesh, au nord-ouest du pays, sont complètement coupés du monde.

3500 villages inondés dans l'Assam

L'Assam a été particulièrement touché au cours des dernières quarante-huit heures avec plus de 3500 villages inondés et un million et demi de sans-abri. Les routes, les ponts et les voies de chemin de fer ont été emportés. Dans certaines localités, il n'y a plus ni eau potable ni électricité. Vendredi, l'armée a dû intervenir après la brusque montée des eaux du Brahmapoutre et de ses affluents. Le fleuve sacré coule à plus de 13 mètres au-dessus de son niveau habituel. «Nos troupes et nos hélicoptères ont porté secours à des centaines de villageois qui avaient trouvé refuge sur le toit de leur maison ou s'étaient suspendus aux branches des arbres dans les zones les plus durement affectées», a commenté un commandant dans l'Etat d'Assam.

Pour la troisième journée consécutive, les forces aériennes ont largué des vivres et du matériel de secours aux milliers de villageois pris au piège des crues. Certaines familles étaient privées de nourriture depuis trois jours. Des émeutes ont éclaté au moment du largage des vivres, du riz et du blé pour l'essentiel. «Nous craignions que les villages les plus isolés ne connaissent la famine car les équipes de secours ne sont pas encore parvenues à établir le contact avec les villages reculés de l'Assam», a précisé encore le militaire. Les sans-abri se sont aussi rués sur les bâches en plastique lâchées par les hélicoptères de l'armée. «Des milliers d'entre eux ont improvisé des maisons de fortune le long de nationales», a raconté un secouriste.

Au cours des dernières quarante-huit heures en Assam, 40 personnes ont péri noyées et 30 autres sont mortes victimes de la contamination de l'eau potable. Les maladies infectieuses risquent de tourner maintenant à l'épidémie. Certains responsables locaux demandent au gouvernement central de New Delhi d'exiger des compensations auprès de la Chine. Ils affirment en effet que ces inondations sont dues à un glissement de terrain sur les berges chinoises du Brahmapoutre. Mais l'information n'a pas été confirmée.

Voies ferrées arrachées, récoltes perdues

Dans l'Etat du Bihar, un million de personnes se retrouvent également sans abri. Les courants de boue et d'eau qui dévalent des contreforts himalayens ont balayé une centaine de villages et détruit 3000 maisons. «Des pans entiers de voies de chemin de fer ont été arrachés. Cela va prendre au moins une semaine avant que le trafic ne puisse être rétabli», a expliqué un fonctionnaire ferroviaire du Bihar. Un premier bilan parle aussi de plus d'un million de dollars de récoltes perdues dans cet Etat. Les militaires sont à pied d'œuvre jour et nuit pour secourir en bateaux à moteur ou en hélicoptères les victimes.

Les prévisions météorologiques ne sont pas optimistes pour les jours à venir et prévoient encore des pluies. La situation devrait encore s'aggraver car la plupart des fleuves et des rivières du nord-est de l'Inde ont déjà dépassé leur niveau d'alerte. L'Himachal Pradesh a été la première région touchée par les inondations et les glissements de terrain en début de semaine dernière. Cent onze personnes avaient trouvé la mort ou succombé à des maladies infectieuses. Les habitants de cette région touristique de l'Inde bataillent depuis presque une semaine contre les inondations. La rivière Sutlej enregistre 12 mètres de plus que le niveau normal en cette saison.

L'Inde n'est pas le seul pays touché. Depuis vendredi, 87 personnes auraient été victimes d'éboulements de terrain dans le sud du Bhoutan. Le Népal déplore aussi une centaine de morts ou de disparus. Les inondations menacent désormais de gagner le centre du Bangladesh avec la crue anormale du Gange. Selon les spécialistes d'environnement, ce ne sont pas tant les pluies de la mousson, abondantes mais normales, qui sont responsables de ces calamités, mais la déforestation. Celle-ci favorise les glissements de terrain et l'écoulement des eaux qui viennent grossir le cours des rivières et des fleuves. L'abattage massif des forêts joue un rôle capital dans la multiplication des inondations dans toute l'Asie du Sud.