L’Europe inspire toujours aussi peu les électeurs. Mais elle penche de plus en plus à droite.

Les résultats des élections européennes organisées dans les vingt-sept pays de l’UE entre le 4 et le 7 juin confirment la bonne tenue du camp conservateur, malgré la crise économique et l’état d’urgence sociale dans plusieurs pays de l’Union. Dans un contexte de participation électorale toujours plus faible – 43,9%, un peu moins qu’en 2004 – les partis de droite, en particulier lorsqu’ils sont au pouvoir, sont parvenus à contrer l’impact du choc financier mondial. Victorieuse dans plusieurs grands pays pourvoyeurs de sièges, comme la France, l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni, la droite classique et libérale sera donc de nouveau la première force politique au parlement de Strasbourg. Le groupe chrétien-démocrate du Parti populaire européen (PEU) obtiendrait de 267 à 271 eurodéputés contre 288 pour la législature 2004-2009. Un excellent score, compte tenu de la réduction du nombre de parlementaires européens, passés de 785 à 736 à l’issue de ce scrutin.

A l’inverse, le grand perdant de ces journées électorales est le camp social-démocrate. A l’exception de la Grèce, où le Pasok devance la Nouvelle démocratie (droite) au pouvoir à Athènes, et des pays nordiques comme le Danemark ou la Suède, les socialistes sont presque partout en recul. Leurs défaites les plus lourdes interviennent en France, où le PS devance de peu les écologistes, en Allemagne et au Royaume-Uni, où le parti travailliste du premier ministre Gordon Brown connaît une hécatombe que ce dernier avait reconnue par avance jeudi, au soir du scrutin. Le groupe socialiste au parlement européen, qui comptait 217 députés, n’en comptera plus qu’entre 157 et 161. Il restera la deuxième force politique de l’assemblée mais doit désormais compter davantage avec les libéraux de l’ALDE qui, forts de leurs 80 à 82 sièges (contre cent sous la précédente législature) seront en bonne position pour briguer la présidence du parlement, d’ordinaire partagée à mi-mandat entre le PSE et le PPE. La première session du nouveau parlement européen se tiendra à Strasbourg les 14 et 15 juillet. Elle aura notamment pour mission d’accorder sa confiance au candidat choisi par les Etats membres lors du sommet des 18 et 19 juin à Bruxelles, pour présider la Commission européenne. Le président sortant de celle-ci, l’ancien premier ministre conservateur du Portugal José-Manuel Barroso, candidat à sa propre succession, a désormais de très bonnes chances de l’emporter.

L’autre leçon, plus préoccupante, de ce scrutin à la proportionnelle, dont les règles varient toutefois d’un pays à l’autre, est la nette progression de l’extrême-droite, sur fond de rhétorique nationaliste, ouvertement xénophobe, parfois islamophobe et toujours hostile à l’entrée éventuelle de la Turquie dans l’UE. Le premier à avoir sablé le champagne est le député provocateur néerlandais Geert Wilders, dont la formation était arrivée jeudi 4 juin en seconde position derrière les chrétiens-démocrates du premier ministre Jan-Peter Balkenende. Le FPÖ autrichien, qui revendique sa défense de l’occident chrétien, est arrivé, lui, en quatrième position du scrutin de dimanche, également marqué par les percées du parti des «vrais Finlandais» en Finlande, du parti de la Grande Roumanie à Bucarest, et d’un parti hongrois ultranationaliste.