Les mots Egypte et Caire sont censurés depuis plusieurs jours sur les principaux portails internet et les microblogs chinois, signe d’une crainte du gouvernement face à une possible contagion de la révolte. «Selon les lois en vigueur, le résultat de votre recherche ne peut être communiqué», annonce le moteur de recherche sina.com. Pourtant, certains internautes parviennent à contourner la censure et commentent les événements sur Twitter, comparant la place Tahrir à celle de Tiananmen, et Hosni Moubarak à Deng Xiaoping. Comme cet activiste libéral, qui s’enthousiasme sur Twitter du «Tiananmen de l’Egypte», en référence au mouvement chinois pro-démocratie de 1989. Ou encore le blogueur Edward Xia, qui va plus loin en affirmant, sur une plateforme basée à Hongkong, que «le glas a sonné pour la Chine», selon des propos rapportés par le Courrier international.

Médias sous contrôle

Quant à la presse nationale, elle se contente de reprendre les communiqués officiels égyptiens et de traiter du rapatriement des touristes chinois. Les médias préfèrent cadrer les événements sous l’angle économique, évitant de faire allusion aux aspirations à la liberté à l’origine des contestations. Peu importe où ils ont lieu, Pékin désapprouve les mouvements de foule, taxés de troubles à l’ordre public.

Dans son éditorial de dimanche dernier, le Global Times présente les vagues révolutionnaires tunisienne et égyptienne comme potentiellement dangereuses. «En général, la démocratie possède un attrait puissant en raison des modèles qui ont réussi en Occident. Quant à savoir si ce système est applicable dans d’autres pays, cela reste à prouver, alors même que de plus en plus d’exemples d’échec voient le jour», commente le journal anglophone, contrôlé par le Parti communiste.

Cette attitude n’est pas sans rappeler la campagne lancée par Deng Xiaoping en 1980 contre la «pollution spirituelle» venant des mouvements pro-démocratie des pays post-communistes d’Europe centrale. Avec, cette fois, une nouvelle donne. Face à 450 millions d’internautes, pas question de sous-estimer le potentiel que représente Internet pour nourrir les mouvements d’opposition. Les autorités ont redoublé leurs efforts de censure, notamment depuis les émeutes qui ont eu lieu dans la région du Xinjiang en 2009 et l’attribution du Prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo en octobre dernier, relayés sur les microblogs et les réseaux sociaux.