Le mot d'ordre est lancé: tous les Albanais de Suisse, ceux d'Albanie, du Kosovo et de Macédoine – ils sont près de 200 000 –, à une manifestation samedi après midi à la place des Nations à Genève. «Nous voulons protester contre l'agression du gouvernement macédonien contre sa minorité albanaise, déclare Shami Zekolli, exilé en Suisse depuis quinze ans. Nous prévoyons une participation massive.»

En effet, les manœuvres militaires en cours à Tetovo et dans les environs tiennent les exilés macédoniens mais surtout ceux de la minorité albanaise en haleine. En Suisse, ces derniers sont au nombre de 40 000. Les premiers sont arrivés au début des années 80, fuyant la répression yougoslave. Puis, après le démembrement de la Yougoslavie et l'indépendance de la Macédoine, plusieurs milliers d'Albanais, victimes de la discrimination et de la violence, ont choisi de partir. «La plupart d'entre eux détiennent un permis B ou ont le statut de requérant d'asile. Ils sont ouvriers agricoles, travaillent dans la construction et dans la restauration. Les plus chanceux ont réussi à monter leur propre petite entreprise de nettoyage, de carrelage ou encore à se lancer dans le petit commerce», explique Ueli Leuenberger, directeur de l'Université populaire albanaise (UPA) à Genève.

L'UPA, un vrai centre névralgique des Albanais de Suisse. Il est particulièrement animé ces jours-ci à l'heure du téléjournal sur la RTK (Radio Television Kosovare) de Pristina, captée par satellite.

Mercredi à 19 h précise, une vingtaine de jeunes, l'air grave, s'installent devant le petit écran. «Nous voulons arrêter l'effusion de sang. Nous avons toujours dit et répété que nous sommes pour le dialogue et pas pour la guerre», déclare Ali Ahmeti, présenté comme le dirigeant politique de l'UÇK (l'Armée de libération nationale des Albanais de Macédoine). Cette déclaration, Shami Zekolli et ses compatriotes la reprendront à plusieurs reprises après le journal.

«Nous sommes inquiets pour nos familles restées sur place, disent-ils en chœur. Nous sommes en contact avec eux mais nous ne pouvons rien faire pour les aider.» Ils s'empressent de démentir les rumeurs selon lesquelles plusieurs dizaines voire centaines d'Albanais de Macédoine sont déjà parties rejoindre l'UÇK. «On n'en est pas encore là. Mais sans aucun doute, nous irons au front au cas où la situation dégénère», jurent-ils. Mais tout en insistant qu'il faut donner toute la chance au dialogue, Shami Zekolli et ses amis restent plutôt pessimistes. «L'état d'urgence décrété par Skopje ouvre la voie à toutes sortes d'interventions illégales et d'abus de la part de l'armée. Et selon certaines informations, des Serbes et des Bulgares armés arrivent pour soutenir l'armée macédonienne.»