«Le cavalier sans cheval». Tel est le titre d'une nouvelle série télévisée en trente épisodes qui devrait être prochainement diffusée par la télévision d'Etat égyptienne et qui provoque beaucoup d'inquiétude en Israël. Car ce téléfilm produit par l'acteur Mohamad Sohbi (une star égyptienne du petit écran qui s'est également attribué le rôle du héros de la série) est basé sur les assertions contenues dans les Protocoles des sages de Sion, un faux antisémite fabriqué à la fin du XIXe siècle par l'Okhrana, la police politique du tsar de toutes les Russies. A l'époque, ce soi-disant «compte rendu» de vingt-quatre réunions secrètes qui auraient été tenues dans un cimetière, durant des nuits de pleine lune, par les tenants d'un complot visant à permettre aux juifs de prendre le contrôle du monde, avait remporté un grand succès en Europe. Son contenu avait d'ailleurs alimenté les campagnes des ligues antisémites qui pullulaient avant d'être plagié par les nazis, qui s'en sont servis pour justifier la mise en place de la solution finale.

Dans leur version télévisée égyptienne, les «protocoles» sont présentés comme l'histoire du preux journaliste d'investigation Hafez Neguib (interprété par Sohbi), qui arrive à prouver au prix de mille péripéties que «le complot judéo-sioniste mondial est bien réel». L'acteur, qui n'a jamais caché son admiration pour Saddam Hussein et qui encourage publiquement le Hezbollah à frapper durement l'Etat hébreu, semble d'ailleurs croire à la véracité de son scénario. Interviewé par l'hebdomadaire Rose el Youssef (une publication de type familial fort lue en Egypte), Sohbi prétend d'ailleurs que selon ses recherches, «dix-neuf des vingt-quatre protocoles ont déjà été réalisés». Il affirme aussi que l'un des aspects de ce prétendu complot serait «la mainmise des sionistes sur la Palestine».

En vente libre

Diffusés dans la plupart des pays arabes au même titre que Mein Kampf, les Protocoles des sages de Sion n'ont jamais été interdits de vente après la signature des accords de paix israélo-égyptiens (1977), israélo-palestiniens (1993) et israélo-jordaniens (1994). Depuis le déclenchement de la deuxième Intifada palestinienne il y a deux ans, les médias de ces pays arabes ont d'ailleurs publié de nombreuses «enquêtes» reprenant les mêmes thèmes. Certaines y ajoutent un grain d'actualité en prétendant, entre autres, qu'Israël répandrait le sida dans le monde par le biais de chewing-gums empoisonnés. Ou que le Mossad serait l'organisateur des attentats du 11 septembre à New York.

Il y a quelques mois, interpellé par l'association juive américaine «Antidiffamation league» (ADL), le ministre égyptien de l'Information avait créé une commission d'enquête chargée de passer au crible le scénario de Sohbi. Celle-ci a conclu que la série télévisée «n'est pas antisémite» et qu'elle peut donc être diffusée telle quelle au moment où l'Egypte tente paradoxalement de jouer un rôle central dans la reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens.