Convention républicaine

Inspirée par Michelle Obama, Melania Trump s’adonne au plagiat

Dans une allocution prononcée lundi soir, l’épouse du candidat républicain à la Maison-Blanche a repris des passages presque mot pour mot d’un discours de Michelle Obama tenu à la convention démocrate de Denver en 2008. Ironie de l’histoire: Donald Trump ne cesse de remettre en question les valeurs des Obama dont son épouse s’inspire

C’est sans doute l’un de ces moments de campagne électorale qui restera dans les annales des présidentielles américaines. Vêtue d’une robe blanche originale conçue par la styliste londonienne d’origine serbe Roksanda Ilincic qui habillait aussi la première Dame britannique Samantha Cameron, Melania Trump a conquis l’audience lundi soir en apparaissant sur la scène de la convention républicaine.

Parlant à des dizaines de milliers de personnes réunies dans «The Q», la salle omnisports de Cleveland et à quelque 40 millions de téléspectateurs, elle a cherché à humaniser son mari et candidat à la Maison-Blanche Donald Trump. Un exercice auquel se sont adonnées de nombreuses épouses de candidats présidentiels, dont Ann Romney et Michelle Obama. Mardi toutefois, Melania Trump, 46 ans, a dû faire face à une accusation dont tout le monde parle à Cleveland: celle de plagiat.

L’ex-mannequin d’origine slovène, mariée au milliardaire new-yorkais depuis 2005, a repris quasiment mot pour mot des passages entiers d’un discours de Michelle Obama tenu à la convention démocrate de Denver en 2008 dans lequel elle relatait de façon très personnelle son histoire d’Afro-Américaine ayant grandi dans le South Side de Chicago et celle de son mari Barack. Peu avant son allocution lundi, Melania Trump avait déclaré à NBC qu’elle avait écrit le discours elle-même, «avec le moins d’aide possible». Or il est devenu évident que l’équipe de campagne de Donald Trump a fortement pesé dans la rédaction du discours.

C’est Jarrett Hill, un journaliste de télévision suivant la convention d’un Starbucks de Los Angeles, qui a découvert le premier les similitudes flagrantes entre les deux allocutions en twittant: «Melania Trump a dû aimer le discours de Michelle Obama lors de la convention de 2008, car elle l’a plagié.»

A l’état-major du candidat Donald Trump, on a d’emblée cherché à nier l’évidence. Le directeur de campagne Paul Manafort a même qualifié «d’absurdes» les accusations de plagiat, jugeant normal que des vocables parlant de valeurs soient similaires. Face au tollé médiatique, l’équipe du tribun new-yorkais s’est vue contrainte de diffuser un communiqué de presse à deux heures du matin, soulignant que Melania Trump avait, «dans certains cas, inclus des fragments reflétant sa propre pensée». Paul Manafort a même tenté de dévier le tir en déclarant: «Quand Hillary Clinton est menacée par une femme, la première chose qu’elle essaie de faire est de la détruire.»

Président du Parti républicain, Reince Priebus ne s’est en revanche pas voilé la face. Quelqu’un devra sans doute être «viré», a-t-il laissé entendre. Ce cafouillage semble indiquer un inquiétant degré d’improvisation au sein de l’état-major de campagne de Donald Trump. En comparaison, Michelle Obama s’entraînait à prononcer son discours des mois avant le rendez-vous de Denver.

Dans sa campagne présidentielle de 1988, l’actuel vice-président Joe Biden avait fait les frais d’un plagiat après avoir repris des passages de discours de Robert Kennedy, de Hubert Humphrey et du Britannique Neil Kinnock. L’incident de lundi ne manque cependant pas d’ironie. Héraut, à partir de 2011, du mouvement des «birthers», ces Américains qui doutent que Barack Obama soit né aux Etats-Unis (Hawaï), Donald Trump n’a cessé de dénigrer les valeurs du président démocrate, clamant qu’il n’aime pas l’Amérique.

Quand le chef de la Maison-Blanche n’utilise pas le terme «terrorisme dû à l’islam radical», le milliardaire new-yorkais sous-entend qu’il aurait des intentions malveillantes envers les Etats-Unis. En l’occurrence, c’est pourtant bien des valeurs de sacrifice, de travail, de respect de l’autre et de conviction de poursuivre son rêve (américain) évoquées par Michelle Obama que Melania Trump, naturalisée Américaine en 2006, s’est inspirée.

Journaliste au magazine The New Republic, Brian Beutler relève dans un tweet que l’affaire pourrait avoir davantage de conséquences qu’il n’y paraît. Elle accentue le fait que Donald Trump est en réalité un candidat dont les valeurs sont opposées à celles qu’il dit incarner. Le discours de Melania Trump lundi soir est la «description d’une campagne qui alimente le ressentiment et la colère des Blancs et qui tente de tirer profit du travail d’une femme noire, d’une famille afro-américaine que Trump et ses partisans rabaissent régulièrement».

Les mauvaises langues ajoutent de façon plus anecdotique que Melania Trump est la seule à avoir recouru à un styliste non-américain pour s'adresser à une convention de l'un des deux grands partis américains. Comme le souligne le New York Times, Michelle Obama avait porté les robes des stylistes américains Maria Pinto (2008) et Tracy Reese (2012). Cindy McCain et Ann Romney s'étaient elles aussi tournées vers un styliste américain, Oscar de la Renta. Or Donald Trump ne cesse de critiquer l'administration Obama de n'avoir rien fait pour développer l'emploi aux Etats-Unis et pour promouvoir le "Made in America". L'affaire sape enfin un argument que Donald Trump utilise abondamment contre sa rivale Hillary Clinton le manque d'authenticité. En pillant le discours de Michelle Obama, Melania Trump ne s'est pas érigée en guardienne de l'honnêteté.

Ce mini-scandale dépasse sans doute Melania Trump qui n’a jamais aimé s’exprimer en public. L’épouse du milliardaire est apparue pourtant sincère en prononçant son allocution.

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