L’histoire dira si les Vingt-Sept ont, jeudi, d’abord cherché le «plus petit commun dénominateur» – objectif: des candidats qui ne leur feront pas d’ombre – ou choisi des personnalités en phase avec le délicat équilibre des nouvelles institutions communautaires. Car Herman Van Rompuy a raison sur un point: la pire des situations pour l’Union serait un déséquilibre des pouvoirs, et une bataille au sommet.

Sur le papier, le choix du tandem Van Rompuy-Ashton est donc assez logique. Le premier ministre belge sortant, homme de compromis et fin organisateur, sera l’accoucheur des consensus européens. Elu pour deux ans et demi, il sera avant tout en charge du suivi des grands dossiers, s’appuyant pour y parvenir sur une petite administration propre et sur les présidences tournantes qui demeureront et devront travailler plus étroitement ensemble. Avantage pour Herman Van Rompuy: l’Espagne, qui succédera à la Suède au 1er janvier, sera remplacée au 1er juillet 2010… par la Belgique.

150 ambassades

C’est en fait non un trio, mais trois duos qui devront apprendre à travailler ensemble. Le président du Conseil, «patron» des chefs d’Etat et de gouvernement, devra composer avec le président de la Commission qui reste plus que jamais la force motrice de l’UE. Celui-ci devra lui, trouver un terrain d’entente sur le plan international avec la haut-représentante Catherine Ashton, qui sera aussi vice-présidente du collège de 27 commissaires. La cheffe de la diplomatie, enfin, devra s’articuler avec le président du Conseil autour d’une idée défendue par Herman Van Rompuy: a lui la représentation de l’UE à l’intérieur de ses frontières. A elle, les négociations internationales et la représentation de l’Union sur la scène mondiale.

Ce nouveau moteur qu’est le Traité de Lisbonne est puissant. La nouvelle diplomatie communautaire comptera près de 150 ambassades. Les citoyens de l’UE auront, même s’ils devront apprendre à les découvrir, un visage et une voix pour les représenter, en plus de la Commission et de l’Europarlement. L’édifice tient enfin debout. Mais il n’en reste pas moins fragile.