La marche de l’opposition au régime du colonel Kadhafi semble inarrêtable. Dimanche, alors que les autorités libyennes organisaient un voyage de presse à Zawiyah, à 60 kilomètres de la capitale, elles ont été surprises par des insurgés qui ont pris le contrôle de la ville ainsi que d’autres cités de l’ouest libyen.

A Tripoli, les rues paraissaient désertes. Quelques 4x4 des forces pro-Kadhafi sillonnent régulièrement la ville. En banlieue de la capitale, des milliers de manifestants ont hurlé la «fin du régime». L’un d’eux est grimpé sur une immense affiche montrant Mouammar Kadhafi vantant les 40 ans (aujourd’hui 42 ans) de la Jamahiriya arabe libyenne et l’a arrachée d’un geste colérique. Dans le quartier d’Al-Tajoura, des opposants ont crié sur les toits, comme les Iraniens du mouvement vert en 2009, «Allah Akbar», Dieu est grand.

Conseil national de transition

Dimanche, le colonel Kadhafi contrôlait encore la capitale. Toutefois, toutes les villes qui sont tombées dans les mains des insurgés ont décidé de s’organiser en créant un Conseil national indépendant de transition. Les discussions étaient en cours au sujet de la composition d’un tel conseil. Par ailleurs, la pression internationale s’accroît sur le guide libyen. Le président américain, Barack Obama, a estimé que Kadhafi n’avait plus de légitimité pour rester au pouvoir et qu’il devait partir. La France abonde dans le même sens. Quant à Bruxelles, la cheffe de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, qui sera à Genève lundi en présence de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a bien averti les autorités libyennes que la répression contre le peuple aurait des conséquences. Poussée toutefois par certaines capitales, qui ont encore de nombreux citoyens bloqués en Libye, à modérer le discours à l’encontre de Kadhafi, elle n’a pas souhaité demander le départ de ce dernier.

Le guide libyen est aussi la cible du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a pris à l’unanimité samedi des sanctions sévères à l’encontre de Tripoli: embargo contre les armes, interdiction de voyager sur le sol des Etats membres de l’ONU pour 16 membres de la famille Kadhafi, dont Mouammar, ses sept fils et sa fille. Le Conseil de sécurité estime que certaines attaques systématiques contre des civils peuvent être assimilées à des crimes contre l’humanité. Il a saisi le procureur de la Cour pénale internationale pour qu’elle se penche sur le cas libyen.

Quant à Mouammar Kadhafi, il s’est exprimé dimanche à la télévision serbe pour condamner la résolution du Conseil de sécurité. Dans la soirée, il était apparemment toujours dans ses bureaux de Tripoli. Si beaucoup craignent la politique du pire du guide libyen, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques se veut rassurante. Le colonel Kadhafi dispose certes de 9,5 ton­nes de gaz moutarde, mais n’a pas les armes pour en faire usage.

256 morts à Benghazi

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, la Libye traverse désormais une grave crise humanitaire qui pourrait avoir un impact sur la Tunisie voisine à nouveau en proie à une phase de déstabilisation. Quelque 100 000 réfugiés, principalement des Egyptiens et des Tunisiens, ont fui la Libye vers la Tunisie ou l’Egypte. Face aux difficultés considérables que l’opposition pourrait rencontrer ces prochains temps, Hillary Clinton a promis que les Etats-Unis étaient prêts à apporter «toute forme d’aide» aux opposants au régime Kadhafi.

Dans la ville de Benghazi, fief de l’opposition au colonel Kadhafi depuis toujours, désormais aux mains des insurgés, le Comité international de la Croix-Rouge a établi ses quartiers samedi. Selon le CICR, il y a eu 256 morts et plus de 2000 blessés lors des combats dans la deuxième ville du pays. «Les hôpitaux de Benghazi ont besoin de chirurgiens et de spécialistes en orthopédie, ainsi que de médicaments pour les patients qui souffrent de maladies chroniques», a déclaré Simon Brooks, qui dirige l’équipe du CICR à Benghazi.