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«La Chine est une boîte noire: contrairement aux démocraties occidentales, on ne peut pas y effectuer un sondage pour savoir ce que pensent ses élites», relève Zhang Baohui.
© Zhang Peng/LightRocket via Getty Images ©

Asie

Des intellectuels chinois se rebiffent contre la propagande

Des voix commencent à s’élever pour dénoncer le culte de la personnalité entourant Xi Jinping et les dommages causés par sa posture triomphaliste. La guerre des tarifs avec les Etats-Unis en serait l’une des conséquences

Début août, les réseaux sociaux chinois se sont mis à bruire de petites remarques assassines et de moqueries ciblant Hu Angang, un professeur à la prestigieuse Université Tsinghua de Pékin. Peu après, une lettre ouverte signée par des diplômés de l’institution est apparue en ligne réclamant son licenciement.

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Propagande et démocratie

L’économiste est connu pour ses diatribes triomphalistes et son nationalisme. Il a récemment affirmé que la Chine avait dépassé les Etats-Unis sur le front économique et en matière d’innovation technologique. «Ces déclarations ont provoqué une réaction de rejet auprès de certaines élites chinoises, car elles ne reposent sur aucun fait et relèvent de la propagande», note Zhang Baohui, un politologue à l’Université Lingnan de Hongkong.

Ce n’est que le dernier exemple d’une vague de ressentiments à l’encontre du régime apparue ces dernières semaines. Fin juillet, le site internet de l’institut économique Unirule, un think tank indépendant basé à Pékin, a publié un essai rédigé par Xu Zhangrun, un professeur de droit de l’Université Tsinghua. Il y dénonce la modification de la Constitution, adoptée en mars, qui permet à Xi Jinping de rester président à vie.

Lire également: En Chine, le parti assoit sa toute-puissance

«Je m’interroge: assistons-nous à la fin de l’ère des réformes et de l’ouverture et à un retour vers un régime totalitaire?» écrit-il, en tirant un parallèle avec «les jours terrifiants de Mao». Ce texte est rapidement devenu viral, notamment sur l’application WeChat, malgré les efforts des censeurs pour le faire disparaître.

Les Etats-Unis contre la Chine

En juin, Liu Yadong, le rédacteur en chef d’une revue scientifique affiliée au gouvernement, a pour sa part déclaré que la Chine se trompait lourdement si elle pensait qu’elle allait bientôt dépasser les Etats-Unis sur le plan scientifique et technologique. Et en mai, Fan Liqin, un académicien de plus de 70 ans, mettait en garde contre l’émergence d’un «culte de la personnalité» autour de Xi Jinping dans un article de 24 pages rédigé à la main et affiché dans les couloirs de l’Université de Pékin. Il a par la suite indiqué qu’il s’exprimait au nom d’un certain nombre d’intellectuels partageant ses vues.

Lire encore: Hongkong étouffe sous le poing de fer de Pékin

«La Chine est une boîte noire: contrairement aux démocraties occidentales, on ne peut pas y effectuer un sondage pour savoir ce que pensent ses élites», relève Zhang Baohui. Il estime néanmoins que la contestation monte dans les rangs de l’intelligentsia, même si la majorité de la population continue de soutenir les positions nationalistes du gouvernement.

«Les membres de l’élite reprochent au gouvernement d’avoir envenimé les tensions avec les Etats-Unis, ce qui a mené à l’actuelle guerre des tarifs», poursuit le professeur. Ils sont nombreux à penser que rien de tout cela ne serait arrivé si Pékin avait fait profil bas au lieu de crier sur tous les toits que la Chine était sur le point d’écraser l’économie américaine.

Ils ne supportent pas non plus de voir certaines des réformes introduites par Deng Xiaoping, et qui sont à l’origine de la prospérité de la Chine, mises à mal. En s’octroyant une présidence illimitée, Xi Jinping a notamment défait le principe du leadership collectif cher à son prédécesseur. Il a aussi adopté une politique étrangère agressive, alors que Deng Xiaoping défendait une posture plus timide et tournée vers l’intérieur du pays.

Elites et nationalisme

Mais surtout, une partie de l’élite chinoise est déstabilisée par la campagne de propagande aux relents maoïstes déployée par le gouvernement depuis quelques mois. «Le message est le suivant: la Chine est désormais devenue un grand pouvoir économique et diplomatique et elle doit garder Xi Jinping à sa tête si elle veut conserver sa place dans le monde, détaille Zhang Baohui. Celui-ci est relayé dans les médias officiels et même au cinéma, ainsi qu’en témoigne la sortie récente du documentaire Amazing China, dédié aux réussites du pays.»

Les pages des journaux affiliés à l’Etat sont remplies d’articles à la gloire de Xi Dada (papa Xi), décrit tour à tour comme «le stratège derrière les réformes de la Chine», «l’architecte de sa modernisation» ou «le timonier» du pays, un terme jusque-là réservé à Mao. En ligne, on trouve des dessins animés célébrant les réussites du président sur un beat de hip-hop. Dans les magasins trônent des tasses et des pin’s à son effigie.

Sans surprise, les propos critiques envers le régime émis ces dernières semaines ont suscité un retour de flamme brutal. La semaine dernière, le parti a annoncé une nouvelle campagne pour «accroître le patriotisme» des intellectuels. Les universités et instituts de recherche devront à l’avenir organiser des séminaires et des conférences pour débattre du nationalisme de leur corps académique. Les chercheurs devront en outre effectuer des visites dans des régions pauvres du pays et rédiger des livres patriotiques.

Et finalement: La Chine s’est dotée d’un nouveau système de détentions secrètes

Dans son essai, Xu Zhangrun décrit «l’anxiété croissante» qui s’est emparée de ses pairs. Ils craignent désormais, dit-il, «non seulement la direction prise par le pays mais aussi pour leur sécurité personnelle».

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