Il y a les manœuvres stratégiques sur le terrain. Et celles qui se jouent derrière des écrans d’ordinateurs. Mercredi, les autorités ukrainiennes ont annoncé avoir subi les cyberattaques les plus importantes de l’histoire du pays, «qui portent les traces de services de renseignement étrangers». Les sites internet de son Ministère de la défense, de ses forces armées et des deux plus grandes banques du pays ont brièvement été mis hors ligne à la suite d’une série d’attaques par déni de service. Jeudi, des pannes ont été enregistrées sur certains réseaux mobiles dans l’est du pays, près de la frontière russe.

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Accusé par l’Ukraine et des responsables occidentaux, le Kremlin nie toute implication. «Le contrôle d’internet fait de plus en plus partie de tout conflit moderne», relève le New York Times. «En cas de véritable conflit militaire, c’est l’infrastructure internet qui sera détruite en premier lieu. Nous craignons qu’elle soit désactivée par des bombardements», déclare au quotidien américain Mikhaïl Klimarev, expert en télécommunications en Russie et directeur exécutif de l’Internet Protection Society, un groupe de la société civile opposé à la censure d’internet.

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Un pays difficile à déconnecter

Dans son article, le NYT revient longuement sur la décision des autorités kazakhes de bloquer l’accès à la Toile mondiale le mois dernier, alors qu’Almaty, la plus grande ville du pays, sombrait dans la violence en raison de la hausse des coûts de l’énergie et de la colère contre le gouvernement. «Il était impossible de communiquer. Le manque d’informations a multiplié le chaos et la désinformation», confie au journal un participant aux manifestations.

Cet exemple donne «un aperçu de ce qui pourrait se passer en Ukraine», poursuit le NYT. A ceci près qu’une coupure complète ne serait pas le fait des autorités gouvernementales, mais «devrait être effectuée par une force extérieure.» Pour obtenir un shutdown national, plus de 2000 fournisseurs d’accès devraient être bloqués simultanément.

L’un d’entre eux, NetAssist, s’est préparé en établissant des liens avec d’autres opérateurs et en essayant d’acheminer les connexions à l’écart de lieux communs qui pourraient être des cibles militaires attrayantes. Son propriétaire, Max Tulyev, est également membre de l’Association internet ukrainienne. «Comme l’Ukraine est bien intégrée à internet, avec de nombreux liens physiques et logiques différents, il sera très difficile de la déconnecter complètement», indique-t-il au quotidien.

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Attaques ciblées

«Néanmoins, beaucoup s’attendent à des coupures ciblées en cas de guerre, en particulier dans les zones frontalières russo-ukrainiennes», poursuit le NYT. Anton Herashchenko, conseiller du ministre ukrainien des Affaires intérieures, estime d’ailleurs que le sabotage des installations de communication va se poursuivre: «Tout cela fait partie du plan de la Russie pour déstabiliser la situation dans notre pays.»

En 2020, au moins 155 fermetures d’internet ont été observées à travers 29 pays, selon le dernier rapport annuel de l’ONG internationale Access Now, qui surveille ces événements. De janvier à mai 2021, au moins 50 coupures ont été documentées dans 21 pays.