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Confédération

Interpeace, construire la paix avec toutes les strates de la société

Lundi, cette association à but non lucratif, installée à la Maison de la Paix à Genève, s'est vu octroyer par le Conseil fédéral le statut d'organisme international. Une manière de récompenser une organisation ayant une expertise unique dans les processus de paix

Installée à la Maison de la Paix à Genève, Interpeace prend du galon. Lundi, le Conseil fédéral lui a octroyé le statut d’organisme international. Spécialisée dans les processus de paix, cette association de droit suisse méconnue créée par l’ONU en 1994 a œuvré jusqu’ici en qualité d’organisation non gouvernementale. Son directeur, Scott Weber, s’en réjouit: «C’est une reconnaissance de la Suisse pour le travail que nous accomplissons en faveur de la paix. La Confédération nous a d’ailleurs soutenus dès le début.» Le nouveau statut ne conférera pas l’immunité ou des privilèges diplomatiques. Il lui sera surtout utile pour obtenir des permis de travail. Sur le plan fiscal, Interpeace, en tant qu’association à but non lucratif, est déjà exemptée de la TVA.

Loi sur l’Etat hôte

Le statut d’organisme international peut être accordé à une organisation qui ne découle pas d’un traité international, mais qui joue un rôle important sur la scène internationale. En 2007, Berne a souhaité flexibiliser sa loi sur l’Etat hôte afin de permettre à diverses organisations comme le Fonds global pour le sida, Gavi, le Forum économique mondial ou le CIO d’obtenir certains des avantages accordés par la Suisse aux organisations internationales implantées à Genève et ailleurs dans le pays. «Ce statut nous permettra d’avoir davantage d’influence sur le terrain pour instaurer la paix. Nous serons aussi plus à même d’attirer des talents, car la paix, c’est finalement un travail d’individus qui coopèrent pour la bonne cause», poursuit Scott Weber.

Ce ne sont pas des acteurs extérieurs qui résoudront le problème des Somaliens, Libyens ou Colombiens

Scott Weber

Active dans vingt pays surtout d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique centrale avec 80 collaborateurs dans le monde dont une petite vingtaine à Genève, travaillant avec plus de 300 partenaires et dotée d’un budget de 25 millions financé surtout par des gouvernements (européens), Interpeace a sa vraie spécificité. «Nous travaillons selon un modèle propre que nous appelons T6, explique Alexandre Munafò, responsable de l’engagement global. T6 décrit la méthode d'Interpeace consistant à travailler à trois niveaux en permanence: au niveau de la diplomatie officielle avec les acteurs d’un conflit, gouvernements, chefs de groupes rebelles, etc. (Track 1), avec la société civile, des laboratoires d’idées, des personnes influentes de la société (Track 2), et enfin avec la population (Track 3).»

«Depuis la fin de la guerre froide, les conflits ont beaucoup changé, explique Scott Weber. On est en présence de pouvoirs et de gouvernements éclatés comme en Somalie, en Libye, voire en Irak et en Afghanistan. Dans un tel contexte, on peut reconstruire un Etat de façon durable et légitime surtout en commençant par le bas, la population. Car le principal défi après un conflit tient à un mot, la confiance, qu’il importe de rétablir à tous les niveaux.» Pour Interpeace, jouer à ces trois niveaux est un avantage, car nombre de processus de paix sont souvent bloqués au niveau des principaux acteurs (Track 1) et la seule manière de les débloquer est d’agir aux deux autres niveaux.

Pas de solutions parachutées de l’extérieur

Interpeace ne parachute aucun médiateur extérieur pour tenter de réconcilier les acteurs d’un conflit. Elle se contente de faciliter le processus en proposant une méthodologie et un appui stratégique. L’approche doit être avant tout locale. «Ce ne sont pas des acteurs extérieurs qui résoudront le problème des Somaliens, des Libyens ou des Colombiens», prévient le directeur de l’organisation. Scott Weber juge essentiel d’aider les parties à un conflit à identifier précisément le problème qui les divise. «Ce n’est qu’une fois qu’on a abordé toutes les facettes du problème qu’on pourra agir sur les solutions.»

A Chypre, Interpeace coopère étroitement avec Seed, Centre for Sustainable Peace and Democratic Development, un organisme composé de représentants chypriotes grecs et turcs. Au Mali, il y a bien un processus officiel (Track 1) portant le nom de «processus d’Alger». Mais pour favoriser un processus plus inclusif et plus solide, Interpeace s’appuie sur place sur l’Institut malien de recherche-action pour la paix, capable de travailler dans 19 langues et d’appréhender mieux que personne la complexité du contexte malien. Cette «inclusivité» dans un processus de paix est d’autant plus importante quand elle touche à des sociétés qui ont été fortement malmenées dans un conflit et où le tissu social s’est déchiré. Au Mali, les rapports entre les forces armées qui représentent l’Etat et la population sont mauvais. La confiance est rompue. C’est là qu’intervient Interpeace.

L’organisme international ne travaille pas que dans les pays en voie de développement. Il mène ainsi un projet en Suède. Précisément à Tensta, dans la banlieue nord de Stockholm. A quinze minutes du Ministère suédois des affaires étrangères, l’immigration y est très forte. De Somalie, d’Eyrthrée ou du Moyen-Orient. Après des violences, les tensions sont fortes. Interpeace s’engage à restaurer la confiance entre les immigrés qui se sentent exclus et la population locale.

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