Nicolas Sarkozy fait couler beaucoup d'encre à Prague. Affaibli ce week-end par la victoire des sociaux-démocrates aux sénatoriales (23 sièges remportés sur 27 sièges en lice), le gouvernement du premier ministre libéral Mirek Topolanek supporte de moins en moins les velléités du président français de jouer un rôle de premier plan après le 1er janvier 2009: à cette date, la République Tchèque succédera à la France à la tête de l'Union européenne. «Je ne peux pas croire que Nicolas Sarkozy ait l'idée de neutraliser notre présidence», a déclaré au Monde le ministre des affaires étrangères Karel Schwarzenberg.

Eurosceptiques

De Bruxelles à Paris pourtant, des voix s'élèvent bien pour s'inquiéter de la capacité tchèque à mener à bon port le navire des 27 lors du premier semestre 2009, dans des eaux barrées par quatre écueils: la crise financière, la paralysie du Traité de Lisbonne, les tensions avec la Russie, et la mise en application du plan énergie-climat.

L'inquiétude porte d'abord sur la solidité de la coalition de Mirek Topolanek. Après son échec sénatorial, et même s'il conserve le contrôle de la Chambre haute, le premier ministre tchèque se retrouve plus que jamais coincé entre les eurosceptiques et les sociaux-démocrates demandeurs d'élections anticipées. Bien qu'en recul au Sénat, et désormais incapables de bloquer l'adoption du Traité de Lisbonne, les eurosceptiques s'appuient sur le chef de l'Etat Vaclav Klaus. Hostile au traité et détracteur de la lutte contre le réchauffement climatique, ce dernier s'est engouffré dans la brèche du scrutin pour exiger «moins d'arrogance» de la part du premier ministre. Avant d'accuser Nicolas Sarkozy de vouloir «siphonner la présidence de l'UE» avec sa proposition d'assumer le leadership de l'Eurogroupe, dont ne fait pas partie la République tchèque.

La Cour constitutionnelle doit se prononcer le 10 novembre sur le Traité de Lisbonne. Mirek Topolanek affirme qu'en cas de feu vert, le parlement votera d'ici à la fin de 2008. Mais Vaclav Klaus jure qu'il refusera de signer. Le débat européen est aussi empoisonné par les relations étroites entre Prague et Washington - confirmée par l'installation d'un radar antimissiles américain sur le sol tchèque - et l'hostilité que cela suscite en Russie. Le gouvernement libéral tchèque a enfin été l'un des seuls à douter des plans étatiques européens de sauvetage bancaire.

La convocation par Nicolas Sarkozy d'un déjeuner extraordinaire des 27 le 7 novembre, puis le sommet européen de décembre diront si les blessures entre Prague, Paris et Bruxelles commencent ou non à cicatriser.