Comment ne pas craindre le pire des scénarios? Celui d’une guerre civile qui, comme jadis au Liban, ensanglanterait la Syrie et tout le Proche-Orient pendant des années, avec son cortège d’attentats et sa spirale de coups tordus entre services secrets, terroristes téléguidés de l’extérieur, trafics d’armes et marchands de mort.

Le siège de Damas et d’Alep, depuis l’attentat suicide du 18 juillet qui a décapité l’appareil répressif du régime syrien, oblige en effet à évoquer ce cauchemar libanais. Et avec lui, à se poser les questions qui torturent ces jours-ci les diplomaties et les états-majors. Peut-on, en bordure de l’UE et des côtes de Chypre qui la préside pour six mois, laisser s’installer une guerre civile de longue haleine sans intervenir? Surtout lorsque, à l’évidence, des interventions clandestines aux côtés des rebelles ont déjà lieu, aidant ces derniers à s’approvisionner en armes et à acquérir la force de frappe indispensable pour provoquer le régime de Bachar el-Assad jusque dans ses sanctuaires les plus imprenables?

Intervenir. Le mot fait peur et soulève, à juste titre, une litanie d’objections. Le cas de la Libye, pilonnée en 2011 au nom d’une responsabilité de protéger interprétée de façon plus que controversée par l’OTAN, a fait grand tort à ce débat. Sans parler des cauchemars de l’intervention unilatérale en Irak et de celle, avalisée par l’ONU, en Afghanistan.

L’idée, pourtant, n’est à l’évidence pas écartée. Le président français François Hollande, qui a évoqué cette possibilité fin mai, ne l’aurait sans doute pas fait sans préparatifs en cours. Quoi qu’en dise l’OTAN, des frappes aériennes ne sont donc pas exclues. La question, en revanche, est d’en maîtriser à la fois le calendrier et les conséquences.

C’est là, sur ce second point, que tout doit être soigneusement pesé. Car, en plus de l’équation explosive du Proche-Orient, se jouera, au bout des tirs de missiles, la légitimité du futur régime syrien dans un pays où, contrairement à la Libye, la mosaïque confessionnelle et communautaire est une poudrière.

Evoquer l’hypothèse d’une intervention en Syrie ne doit pas être tabou. Mais réfléchir à cette arme ultime, voire la planifier, suppose, d’abord, d’avoir obtenu de la rébellion le maximum de garanties. Et d’avoir ensuite épuisé toutes les formes de pression économiques, politiques et pénales sur la tyrannie des El-Assad.