Quelle que soit l’énergie diplomatique déployée par Barack Obama au sommet de Saint-Pétersbourg ces jeudi et vendredi, le président américain devrait avoir le plus grand mal à rallier des soutiens parmi les membres du G20 au projet de frappes punitives en Syrie. Si l’on se fie aux déclarations des puissants de la planète depuis une dizaine de jours, les partisans de la solution militaire se compteront tout juste sur les doigts d’une main.

La France continue d’en être au premier rang, comme l’a confirmé lundi le président François Hollande: «Quand un massacre chimique se produit, quand le monde en est informé, quand les preuves sont livrées, quand les coupables sont connus, alors il doit y avoir une réponse», a-t-il insisté.

Ce dernier appelle dorénavant l’Europe à «s’unir sur ce dossier», ce qui est très loin d’être le cas. Pour l’heure, l’Union européenne (UE), qui est en elle-même un membre du G20, n’a pas esquissé de position commune. Catherine Ashton, haut représentant de l’Union aux Affaires étrangères, ne s’est plus exprimée officiellement depuis le 26 août dernier. Elle avait alors condamné l’attaque chimique sur la banlieue de Damas tout en soulignant qu’il incombait au Conseil de sécurité de définir une réponse et que la recherche d’un règlement politique était toujours la priorité.

L’Europe désunie

Ecartelée entre la détermination de Paris, le refus ferme de Rome, et la disqualification britannique par le vote négatif de la Chambre des communes la semaine passée, ce n’est qu’après le G20, lors d’un sommet informel des ministres des Affaires étrangères à Tallinn, en Estonie, ces vendredi et samedi, que l’UE tentera d’unifier ses vues. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry assistera à une partie des discussions, précise-t-on à Bruxelles.

La Maison-Blanche se félicitait hier d’une conversation fructueuse avec le premier ministre du Japon Shinzo Abe, sans indiquer si l’Archipel participerait à une intervention. La Corée du Sud pense, elle, que les responsables de l’attaque chimique doivent «rendre des comptes». Le soutien, politique et éventuellement logistique de la Turquie, est en revanche acquis sans l’ombre d’un doute. Ankara est déterminée à en découdre avec Bachar el-Assad, en dépit de son opinion réticente. L’Arabie saoudite, aussi, assume ouvertement sa détermination depuis dimanche. Se démarquant des hésitations de la Ligue arabe, Saoud al-Fayçal, le ministre des Affaires étrangères, martèle qu’il est «temps de […] prendre des mesures de dissuasion».

En Australie, qui assure ce mois-ci la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU, le gouvernement travailliste s’est également déclaré pour une intervention, laissant même supposer que Canberra pourrait la soutenir militairement, y compris en l’absence d’un feu vert onusien. Mais rien n’est acquis: l’alternance politique en faveur des libéraux lors du scrutin général de ce dimanche semble assurée, et le probable prochain premier ministre Tony Abbott ne partage pas l’ardeur des sortants. «Si la moindre action devait être prise, elle le serait par les pays qui en ont la capacité, et l’Australie n’en fait pas partie», dit-il.

Chez les puissaces émergentes, de l’Afrique du Sud à l’Inde, en passant par l’Indonésie, l’opposition est catégorique: «Il ne peut y avoir de solution militaire à ce conflit», martèle New Delhi. Les poids lourds de l’Amérique latine, Brésil, Mexique et Argentine, n’ont guère cherché à peser dans le débat, Buenos Aires exprimant la crainte qu’une «opération ne fasse rien d’autre qu’aggraver la situation».