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Inventaire des mots clés de ce scrutin

Expressions fétiches de la fin de campagne, ils se sont glissés dans chaque discours ou presque des deux présidentiables

Expressions fétiches de la fin de campagne, ils se sont glissés dans chaque discours ou presque des deux présidentiables.

«Aidez-moi!» Le cri, supposé venir du cœur, de Nicolas Sarkozy. Emprunté au général de Gaulle qui lança, après le putsch des généraux de 1962 en Algérie, un retentissant «Français, Françaises, aidez-moi!». Petite ironie d’ailleurs: l’expression visait alors à rassembler les citoyens de l’Hexagone contre la tentation de l’extrême droite, pro-Algérie française. Alors qu’en 2012, Nicolas Sarkozy lance aussi cet appel à l’aide aux électeurs du Front national.

Rassemblement. François Hollande, le candidat socialiste, en a fait son leitmotiv dès le soir du premier tour. Le mot, bizarrement, ne lui a guère été contesté par son adversaire, y compris lors du débat télévisé. Un rassemblement imposé par la géographie électorale de la France, où la droite est supposée majoritaire. La décision «personnelle» de François Bayrou, jeudi, d’apporter son soutien au socialiste confirme que cette stratégie a fonctionné.

Nation. Le président-candidat a toujours insisté sur cette notion, chère à son conseiller spécial Henri Guaino. Le fait de la placer au centre de ses discours et de ses propositions depuis le 22 avril est en revanche la conséquence directe du score de Marine Le Pen. Nuance importante: à chaque fois, le président sortant loue la nation et redit sa détestation du nationalisme qui mène «à la haine».

Frontières. Autre mot-clé consacré par Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux-tours. Originalité: cette notion n’est plus seulement appliquée par le chef de l’Etat français au territoire, mais aussi à ce qui différencie «le bien et le mal» ou le «beau et le vrai» (dans son discours de Toulouse, dimanche 29 avril). Objectif: démontrer que lui seul peut protéger les Français. Et incarner la France.

La vague. Dès le 7 avril, soit trois semaines avant le premier tour, Nicolas Sarkozy l’affirmait au Journal du Dimanche: «Je sens monter la vague.» Depuis, l’expression s’est retournée contre lui. Libération en a fait sa une après le 22 avril, le montrant à demi noyé. Idem, quelques jours plus tard, pour Le Nouvel Observateur. Un mot à double tranchant.

Renégocier. L’engagement de François Hollande à «renégocier» le récent «pacte fiscal» signé par 25 pays sur 27 s’est d’abord heurté à un front du refus. Angela Merkel, comme l’Italien Mario Draghi, ont évité de le recevoir. Puis l’épreuve de l’austérité et les ouvertures du candidat socialiste ont ouvert des brèches. La chancelière, puis le président de la BCE, ont reparlé de «croissance». Tandis que François Hollande envisageait, lui, «d’ajouter» un volet au pacte plutôt que le rejeter. S’il est élu, ce dernier enverra un mémorandum à ses partenaires de l’UE qu’il devrait retrouver fin mai pour un sommet informel.

(Vrai) travail. Une polémique dont Nicolas Sarkozy se serait bien passé puisqu’il a dû retirer cette expression et qu’il s’est aussitôt attiré les foudres des syndicats avant le 1er Mai. La démarche, à l’évidence, consistait à associer la gauche aux «faux travailleurs» face à une droite laborieuse. Problème: cette expression, dans le passé, a été utilisée par le régime collaborationniste du maréchal Pétain durant la guerre.

Centre. Avec ses 9% de voix au premier tour, François Bayrou est supposé l’incarner. Et depuis sa décision de voter pour François Hollande, le voici tiraillé vers la gauche alors qu’il est historiquement à droite. La présence de son courant à l’Assemblée nationale, à l’issue des législatives de juin, est donc désormais le sujet. A priori, Bayrou court le risque de voir ses candidats laminés. A moins que le futur gouvernement, crise oblige, ait besoin de cette pépinière de responsables politiques sérieux.

Ralliements. La clé du second tour. Or le trousseau du socialiste paraît est nettement mieux garni, même si la France est majoritairement à droite. Jean-Luc Mélenchon (11% des voix) a, dès le 22 avril, appelé à voter contre Sarkozy. Idem pour l’écologiste Eva Joly (2,2%). A droite, Marine Le Pen et ses 17% auront du mal à être à être empochés par le président sortant, puisque la candidate FN voterera blanc. S’y ajoute l’impact du choix de Bayrou pour Hollande. Vu l’ascendant de l’élu béarnais sur ses troupes, on peut croire qu’il aura de l’influence.

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