Son porte-parole avait annoncé un discours «très personnel et sincère», à la «tonalité philosophique», sans programme détaillé. C’est surtout un message d’unité, d’espoir et d’apaisement qui était attendu de la part d’un président qui entre en fonction dans un contexte tendu, après une campagne présidentielle violente marquée par l’ingérence de Moscou et les accusations de la CIA.

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Mais vendredi, Donald Trump, qui a commencé sa journée par un tweet – «Le mouvement se poursuit. Le travail commence aujourd’hui!» – a tenu un discours populiste, anti-establishment, et aux relents isolationnistes, juste après avoir «juré solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président».

Discours de rupture et ton arrogant

Un discours sans stature présidentielle. Un discours qu’il aurait pu tenir comme candidat, avec un ton relevant d’une certaine arrogance. Un discours de rupture. Bien sûr, il a promis de relancer l’économie et de recréer des emplois, il a promis de venir au secours des familles défavorisées, mais il l’a fait sur un ton presque martial: «Nous devons protéger nos frontières des ravages que d'autres pays font sur nos produits, en volant nos entreprises et détruisant nos emplois». 

Donald Trump, avec ses mimiques habituelles – pouce levé et doigt pointé vers le public – s’est surtout attaqué aux élites, à l’establishment, dénonçant les politiciens qui se répandent en paroles sans passer aux actes: «Le pouvoir va repasser de Washington au peuple». «Ce moment est le vôtre, il vous appartient. C’est votre jour», a-t-il déclaré au peuple américain, en s’adressant notamment aux oubliés de la globalisation, à ceux qui se sentent délaissés. «Redonner le pouvoir au peuple»: voilà le coeur de son discours. 

Rompre avec la politique de Barack Obama

Un «America First» répété deux fois, qui laisse augurer de ce que sera sa politique étrangère. Donald Trump l’a dit très clairement: une «nouvelle vision» va diriger les Etats-Unis. Une manière de rompre clairement avec la politique de son prédécesseur Barack Obama, dont il s’apprête à détricoter l’action. «Nous allons suivre deux règles simples: acheter américain, embaucher américain. On reconstruira notre pays avec des mains américaines et emplois américains». Le ton est donné. Donald Trump confirme son élan protectionniste, lui qui a déclaré il y a quelques jours avoir l’intention de devenir «le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé».

Il a aussi déclaré vouloir «renforcer de vieilles alliances et en forger de nouvelles». Il a déploré que les Etats-Unis protègent des frontières, «en refusant de protéger les nôtres». Le président des Etats-Unis a aussi assuré que le «terrorisme islamique radical sera éradiqué de la surface de la terre».

Déclarations tonitruantes

Avec Donald Trump officiellement investi, les Etats-Unis et le monde entrent dans une nouvelle ère. Pendant la campagne, puis pendant la période de transition, il s’est distingué par un comportement narcissique, provocateur, par des déclarations tonitruantes habituant le public à une nouvelle forme de communication: des tweets impulsifs, souvent vengeurs. Quand Donald Trump se sent égratigné, il réplique aussitôt, attaque, y compris pour s’en prendre aux médias et boycotter des journalistes. Un comportement qualifié de puéril par de nombreux observateurs, qui étonne de la part de quelqu’un amené à diriger la première puissance du monde.

Un comportement jeté aux oubliettes, maintenant qu’il est dans ses habits présidentiels et censé prendre de la hauteur? C’est la question à laquelle personne n’est encore en mesure de répondre. Laissons-lui le bénéfice du doute. Mais le ton de son discours, lui qui n’a pas d’expérience politique, diplomatique ou militaire, n’a pas vraiment rassuré ceux qui déjà le contestaient ou doutent de sa légitimité. Le nouveau président aurait pu se montrer rassurant et pacificateur, il aurait pu se présenter comme le président de «tous les Américains» – il l’avait fait avec une certaine humilité le jour de son élection –, mais il a préféré rester lui-même. En se montrant même méprisant envers les institutions qui l'ont élu.

Cote de popularité au plus bas

Donald Trump, dont la cote de popularité est au plus bas, sera jugé sur ses actes. Et sa capacité à «rendre l’Amérique meilleure», son slogan préféré, en commençant par cicatriser la blessure laissée par son élection qui montre l’image d’un pays profondément divisé. Il devra prouver qu’il n’est pas que le président d’une moitié de l’Amérique.


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