Un premier ministre irakien qui convoque successivement les ambassadeurs de Turquie et d’Iran à Bagdad pour protester contre les attaques menées par ses deux voisins contre les forces kurdes du PKK sur son territoire. Puis lance un avertissement aux milices pro-iraniennes qui tirent des missiles contre des objectifs américains dans la capitale. Ces initiatives prises il y a un peu plus d’une semaine par Moustafa al-Kazimi, le chef du gouvernent irakien, «ont surpris dans le pays, dont les autorités ne réagissaient pas depuis des années aux violations de la souveraineté nationale», note un analyste du site irakien Rawabetcenter.com

Lire aussi: Le premier ministre irakien Mohammed Allawi renonce à former un gouvernement

Corruption

Un ministre des Finances qui annonce en toute franchise à la population des jours difficiles et qu’il faut se préparer à l’austérité. C’est le résultat de la corruption des gouvernements précédents qui a mis l’économie du pays à terre: du «jamais-vu en Irak», relève le chercheur Hisham al-Hashimi. Le changement d’attitude du gouvernement, en place depuis deux mois, contraste avec l’inertie et la démagogie habituelles des responsables irakiens.

Arrivé aux affaires dans un Irak cumulant les crises, Moustafa al-Kazimi devait faire face à l’impasse politique de la contestation, à la confrontation directe entre l’Iran et les Etats-Unis sur son sol et à l’effondrement du prix du pétrole… Ancien chef du renseignement, proche des Américains, le premier ministre était rejeté au départ par les partis chiites pro-iraniens, faiseurs et «défaiseurs» de rois. «Mais sur ordre de Téhéran, les partis traditionnels l’ont accepté après avoir négocié leurs portefeuilles», indique Adel Bakawan, directeur de recherche à l’Iremmo (Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient).

«C’est le fruit d’un deal entre l’Iran et les Etats-Unis par lequel les Américains ferment les yeux sur les échanges commerciaux entre l’Iran, sous sanctions drastiques, et l’Irak, devenu son poumon économique, en échange de l’agrément de Téhéran pour Al-Kazimi», souligne le spécialiste de l’Irak. Avocat puis journaliste avant de travailler dans le renseignement, le premier ministre a fait appel à des universitaires, à des intellectuels et à des experts. Une équipe qui forme «la présidence du gouvernement». «C’est une formule inédite trouvée par Al-Kazimi pour déléguer des pouvoirs à des gens de compétence qui jouent beaucoup plus qu’un rôle de conseillers, indique Bakawan. C’est un véritable gouvernement dans le gouvernement.»

Lire également: L'Irak se dote d'un gouvernement dirigé par Moustafa al-Kazimi

Bases militaires

Ainsi, le plan d’austérité prévoit une réduction des salaires des fonctionnaires pléthoriques et une chasse aux emplois fictifs, qui se comptent par dizaines de milliers dans l’administration publique. Dans le même temps, Al-Kazimi a négocié le désengagement des forces américaines d’Irak souhaité par Washington avec une réduction des bases militaires dans le pays (de neuf à deux). «L’allégement s’est senti aussitôt sur le plan de la lutte contre Daech, qui a repris ses attaques quotidiennes», souligne Bakawan. Un défi sécuritaire majeur auquel devrait répondre le gouvernement irakien, menaçant tous ses efforts de réforme.