«Mieux vaut tard que jamais.» Le commentaire vient de Leon Panetta, l'ancien secrétaire général de la Maison-Blanche qui, il a trois mois, avait été reçu par George Bush. Avec ses collègues, Leon Panetta avait remis au président le rapport du Groupe d'étude sur l'Irak, coprésidé par James Baker. Depuis lors, George Bush avait refusé de suivre ses recommandations, et surtout le conseil d'entamer des négociations directes avec l'Iran et la Syrie.

Le verrou pourrait sauter

Mardi, l'administration Bush est pourtant revenue sur ses pas. Les Iraniens et les Syriens, les Etats-Unis acceptent de les rencontrer une première fois au niveau des ambassadeurs lors d'une conférence internationale qui aura lieu à Bagdad le 10 mars. En avril, une deuxième rencontre devrait se tenir à Istanbul, à laquelle participeront les chefs de la diplomatie. Officiellement, il ne sera question que de l'Irak. Mais le verrou encore apposé à toute discussion directe à propos des autres dossiers qui enveniment le Moyen-Orient pourrait bien sauter dans l'exercice.

C'est le lancement d'une «nouvelle initiative diplomatique» que la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a annoncée mardi à une commission du Sénat. «Nous espérons que tous les gouvernements vont saisir l'occasion d'améliorer leurs relations avec l'Irak et de travailler pour la paix et la stabilité dans la région», disait-elle aux élus.

Voilà longtemps que le gouvernement irakien demande la tenue d'une telle conférence internationale, destinée à réunir autour d'une même table ses voisins régionaux. Iran et Syrie, mais aussi Arabie saoudite, Turquie, Jordanie, Koweït: tous ces pays ont de gros intérêts, souvent divergents, liés à la guerre irakienne. Sans doute pour diluer un peu l'importance de leur revirement, les Etats-Unis ont plaidé pour que les grandes puissances (membres permanents du Conseil de sécurité, G8...) rejoignent également le processus.

Jusqu'ici, Washington était allergique à la simple évocation d'une initiative diplomatique. Pour la Maison-Blanche, il n'était pas question de voir se mêler au conflit irakien le dossier du programme nucléaire iranien ou l'implication syrienne dans le meurtre du Libanais Rafic Hariri. S'il y avait une question sujette à discussion (mais non à négociation), c'était exclusivement celle de l'aide apportée par l'Iran aux milices chiites irakiennes.

Les données, cependant, ont un peu changé depuis que, en décembre dernier, George Bush excluait toute négociation en exigeant de l'Iran et de la Syrie de «faire leur choix». La nouvelle majorité démocrate au Congrès américain est en train de préciser sa menace sur d'éventuelles coupures amenées aux 100 milliards de dollars dont la Maison-Blanche a besoin ce printemps afin de mener la guerre en Irak et en Afghanistan. Les démocrates, certes, ne veulent toujours pas apparaître comme ceux qui rendraient la tâche impossible aux boys sur le terrain. Mais plusieurs projets sont en discussion, qui compromettraient sérieusement les plans du président.

Si, pour mieux faire passer ses vues, l'administration Bush peut aujourd'hui montrer qu'elle est ouverte à la diplomatie, c'est parce qu'elle a la conviction d'être désormais en position de force face à l'Iran. Arrestation d'«agents iraniens» en Irak, déploiement de forces dans le golfe Persique, menaces voilées de frappes aériennes... Autant d'éléments qui font «que l'on nous prend aujourd'hui au sérieux», expliquait Philip Zelikow, l'ancien conseiller de Condi Rice. Il y a quelques jours encore, le vice-président Dick Cheney assurait que «toutes les options sont encore sur la table» afin de faire plier l'Iran sur la question du nucléaire.

La bonne vieille tactique de la carotte et du bâton se révèle-t-elle gagnante? Peut-être, mais les commentateurs américains en tiraient une autre leçon: ils insistaient surtout sur le fait que l'administration reconnaît de plus en plus clairement avoir besoin d'une aide internationale afin de stabiliser l'Irak.