Dès la cloture du scrutin, le président américain Barack Obama a averti que l’Irak connaîtrait encore des jours «très difficiles». Lors d’une allocution dans la roseraie de la Maison Blanche, M. Obama a qualifié l’élection de dimanche d’«étape importante» pour l’histoire de l’Irak, saluant «la forte participation» de la population en dépit des violences qui ont fait au moins 38 morts et 110 blessés.

«Nous savons que l’Irak va faire face à des jours très difficiles et qu’il y aura probablement plus de violences», a toutefois averti le président, notant que «comme tout pays souverain et indépendant, l’Irak doit avoir la liberté de choisir son propre chemin». Un peu plus tôt dans un communiqué, M. Obama avait salué le courage des électeurs irakiens qui ont «défié les menaces pour faire avancer leur démocratie».

Encouragements et satisfaction

L’Union européenne (UE), par la voix de sa diplomate en chef Catherine Ashton, a également salué dimanche le «nombre significatif» d’Irakiens ayant participé aux législatives malgré les attentats, estimant que ce taux de participation «mérit(ait) le respect».

La France a également souligné «le courage des électeurs irakiens», le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner insistant sur le fait que leur «mobilisation témoigne de la volonté du peuple irakien de tourner la page des épreuves du passé, de son rejet du terrorisme, et de sa détermination à construire un Irak démocratique et tourné vers l’avenir».

L’ONU a salué le fait que le scrutin ait été «plutôt transparent», le représentant spécial des Nations unies en Irak Ad Melkert jugeant que les «conditions sont réunies pour que le processus réponde aux critères que nous devons attendre en général d’élections».

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, s’est déclaré «encouragé» par les premières informations sur le déroulement des élections, se montrant toutefois plus circonspect sur la légitimité du vote. «Il est trop tôt pour tirer une conclusion sur la liberté et l’honnêteté des élections, ou sur la participation, mais je peux dire que les premières informations sont encourageantes et que nous et nos partenaires de l’UE seront justes et ouverts dans notre jugement final», a-t-il affirmé.

Elections cruciales

Environ 19 millions d’électeurs devaient désigner les 325 députés du pays pour un mandat de quatre ans. Douze coalitions et 74 partis étaient en lice. Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant le 18 mars, et il faudra sans doute des mois avant qu’un gouvernement ne soit formé. Ce scrutin est jugé crucial pour la stabilité du pays à six mois du départ des troupes américaines de combat et à moins de deux ans de leur retrait total.

Premiers résultats

Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki domine dans les régions chiites et son rival Iyad Allawi chez les sunnites à l’issue des élections législatives de dimanche, selon des résultats obtenus lundi par l’AFP auprès des responsables locaux. Les résultats de Bagdad (68 sièges), qui ne sont pas encore connus, devraient désigner le vainqueur.

La Haute Commission électorale doit fournir des résultats partiels jeudi, les résultats définitifs le 18 et les résultats officiels après l’examen des plaintes seront annoncés à la fin du mois.

L’Alliance de l’Etat de droit du chef de gouvernement arrive en tête dans les neufs provinces chiites du sud alors que le Bloc Irakien d’Iyad Allawi est largement en tête dans les quatre provinces majoritairement sunnites (Anbar, Salahedinne, Ninive et et Diyala).

La liste de l’ancien Premier ministre arrive en seconde position dans trois gouvernorats chiites (Mouthanna, Babylone et Bassora) mais est dévancé dans six autres provinces chiites par l’Alliance Nationale Irakienne (ANI), qui regroupe le Conseil supérieur islamique d’Irak (CSII d’Ammar al-Hakim) et les partisans du chef radical Moqtada Sadr.

Il y a 119 sièges à pourvoir dans les neuf provinces chiites contre 70 dans les régions à majorité sunnite.

Chez les sunnites, l’Alliance de l’Etat de droit arrive en seconde position à Diyala et est largement distancée dans les trois autres gouvernorats.

Dans la province de Kirkouk (12 sièges), que se disputent kurdes et arabes, l’Alliance Kurde, formée des deux grands partis traditionnels, arrive en tête suivie du Bloc irakien, puis de la coalition de Nouri al-Maliki et l’ANI. Les résultats de Bagdad (68 sièges), qui ne sont pas encore connus, devraient désigner le vainqueur.

Par ailleurs, 41 sièges sont à répartir dans les trois provinces kurdes et 15 «sièges compensatoires» sont distribués notamment aux minorités religieuses.

Il s’agit d’un système proportionnel avec 18 circonscriptions qui correspondent aux 18 provinces et aucune liste ne peut obtenir la majorité absolue lui permettant de gouverner seule ce qui oblige à des alliances. Les tractations risquent de prendre plusieurs mois.