Les soldats américains déployés en Irak n'ont pas été formés pour gérer les protestations et les frustrations de la population. La mort de 16 civils mardi sous les balles de l'armée américaine à Fallujah en a apporté la preuve. Tel est pourtant leur lot quotidien. Faute de pouvoirs publics vers lesquels se tourner pour réclamer un travail, ou le retour des services essentiels comme l'eau ou l'électricité, les Bagdadis les prennent à témoin. L'hôtel Palestine est ainsi devenu l'un des principaux abcès de fixation de la capitale, où vendredi encore des gens ont hurlé leur colère après l'explosion du dépôt de munitions le 26 avril.

Autre point focal: l'entrée du complexe présidentiel – utilisé par les forces américaines comme quartier général – à la sortie du pont Al-Jumuhriya sur lequel se déroulèrent de très violents combats les 7 et 8 avril. Au pied du Ministère du plan, endommagé par les bombardements, les soldats postés là sont dès l'aube entourés d'Irakiens à la recherche d'un emploi. Traducteurs, informaticiens, comptables… tous se précipitent pour remplir les formulaires de l'US Army, qui a annoncé la semaine dernière son intention de recruter des auxiliaires. Sans préciser ni leur nombre ni les compétences…

«Ma sœur et moi avons perdu notre travail. Notre compagnie de maintenance informatique travaillait pour le Ministère de la santé qui est détruit. C'est aux Américains de nous reclasser», s'énerve Noor, 28 ans, spécialiste en logiciels. Juste derrière elle, une centaine de personnes affairées à remplir les formulaires témoignent d'un mécontentement identique. Or les soldats américains n'ont, la plupart du temps, aucune réponse à leur fournir. Les GI's de garde ne sont guère informés par leurs supérieurs des besoins en recrutement ou des types de poste recherchés. Ils se contentent de filtrer les candidats, et s'énervent quand l'affluence devient trop grande devant leurs blindés. Résultat: la tension monte. Et avec la tension, le risque de confrontation. Voire de bavure…