Mercredi, les Iraniens, femmes et hommes, sont à nouveau descendus dans la rue pour crier leur colère. La répression de ces manifestations est particulièrement sévère à Sanandaj, la capitale de la province du Kurdistan, où selon des ONG les autorités ont utilisé des armes lourdes dans certains quartiers.

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«Soyez la voix de Sanandaj», peut-on lire sur un tract distribué par des militants et diffusé sur les réseaux sociaux malgré les sévères restrictions d’accès à Internet. Les magasins sont restés fermés dans la ville. NetBlocks, un site basé à Londres, a fait état d’une «perturbation majeure de l’Internet» en Iran.

«La communauté internationale doit empêcher d’autres meurtres au Kurdistan», a lancé Mahmood Amiry-Moghaddam, le directeur de l’IHR.

Le décès de Mahsa Amini — une jeune kurde Iranienne de 22 ans décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran — a déclenché une vague de protestations dans le pays et des manifestations de solidarité à l’étranger. Les autorités ont affirmé que Mahsa Amini était décédée des suites d’une maladie et non de «coups», d’après un rapport médical rejeté par son père. Son cousin a affirmé qu’elle était décédée après «un violent coup à la tête».

Les Iraniens ont été appelés en outre à manifester «en solidarité avec le peuple héroïque de Zahedan», capitale de la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), où les forces de sécurité ont tué au moins 93 autres personnes dans des violences déclenchées le 30 septembre lors de manifestations contre le viol présumé d’une jeune fille par un policier, selon l’IHR.

Des avocats arrêtés

Les slogans criés par les manifestants ont été ponctués par des coups de feu à Ispahan, Karaj et dans la ville natale de Mahsa Amini, Saqqez, dans la province du Kurdistan (nord-ouest), selon des vidéos partagées par le groupe Iran Human Rights (IHR) basé à Oslo et le groupe de défense des droits kurdes Hengaw basé en Norvège.

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A Téhéran, des étudiantes ne portant pas le voile ont défilé dans une rue en criant «Mort au dictateur», d’après une vidéo vérifiée par l’AFP. Toujours dans la capitale, les forces de sécurité ont tiré du gaz lacrymogène pour disperser une manifestation d’avocats scandant «Femme, vie, liberté», d’après des images diffusées par l’IHR. Au moins trois avocats ont été arrêtés selon le journal réformateur Shargh.

Selon l’agence de presse iranienne Isna, un grand nombre de policiers sont déployés à Téhéran. Des manifestations ont eu lieu dans certaines parties de la capitale, y compris à l’Université de Téhéran. Les forces de l’ordre sont intervenues «pour rétablir l’ordre sans recourir à la violence».

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a de nouveau accusé des «ennemis» de l’Iran d’être «impliqués dans les émeutes». Le 3 octobre, il a accusé les Etats-Unis et Israël d’avoir fomenté la contestation.

Depuis le 16 septembre, au moins 108 personnes ont été tuées dans la répression des manifestations, a indiqué l’IHR. En outre, des centaines de personnes ont été arrêtées.

Inquiétudes pour les enfants

Selon des analystes, les manifestations s’avèrent particulièrement difficiles à gérer par le pouvoir, en raison de leur durée et de leur nature multiforme, allant des manifestations aux actes de défi individuels.

D’après la Société iranienne pour la protection des droits des enfants, au moins 28 enfants, «la plupart dans la province défavorisée du Sistan-Baloutchistan», ont été tués. L’Unicef s’est dite «très inquiète» des informations faisant état «d’enfants et d’adolescents tués, blessés et arrêtés». Le ministre iranien de l’Education Youssef Nouri a démenti que des élèves aient été emprisonnés.

Lundi, la contestation s’est étendue au secteur pétrolier, avec des grèves et des rassemblements dans plusieurs villes, d’après l’IHR.

Après les Etats-Unis, le Canada et d’autres pays occidentaux, les 27 pays membres de l’Union européenne ont donné leur accord pour sanctionner les responsables iraniens impliqués dans la répression, selon des sources diplomatiques.

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