ont rejoint le ballet des manifestations de colèreLes douceurs préférées des Iraniens sont en péril. Selon l'agence de presse iranienne ISNA, une lettre qui circule dans les couloirs du Ministère du commerce vient de faire la suggestion suivante: rebaptiser les pâtisseries danoises (chirini danemarki, sucreries moelleuses qu'on trouve dans les meilleures boulangeries de Téhéran) par l'appellation Gol Mohammadi (du nom d'une petite fleur rose et parfumée). Au-delà de l'anecdote, la proposition s'inscrit dans la vague de protestations contre les caricatures du Prophète qui sévit, depuis lundi, dans la capitale iranienne.

Avec un temps de retard sur les pays musulmans, la République islamique d'Iran a finalement rejoint, en début de semaine, le ballet des manifestations. Lundi, environ 400 jeunes en furie se sont violemment attaqués à l'ambassade d'Autriche, puis à celle du Danemark, où ils se sont à nouveau rendus hier, en faisant exploser des pétards et en jetant des cocktails molotov. Un cordon de forces de l'ordre avait été déployé aux alentours de la représentation diplomatique. Mais il n'est pas parvenu à empêcher les manifestants de pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, en enjambant les grilles surmontées de fils de fer barbelé. Il s'agissait, pour la plupart, de jeunes miliciens, membre de la force paramilitaire du Bassidj.

Dans un message télévisé, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Hamid Reza Assefi, a déclaré que les autorités «ont dit au peuple iranien de ne pas violer les territoires diplomatiques». Hier, pourtant, à la tombée de la nuit, des manifestants envisageaient de s'en prendre à l'ambassade de Norvège, jusqu'ici épargnée. A l'entrée de la Faculté de droit de Téhéran, des étudiants ont également dessiné au sol le drapeau danois pour pouvoir le piétiner.

 

«Bande de fanatiques»

La contestation ne fait pourtant pas beaucoup d'émules et reste limitée à quelques centaines de personnes. «La violence crée malheureusement la violence. Mais au nom de quoi une bande de fanatiques peut se permettre de violer un territoire diplomatique? Après tout, les autorités danoises ne sont pas responsables des dérapages de leurs caricaturistes...», s'exclame Mohammad Esmaïlzadeh, un employé de banque.

De son côté, le gouvernement iranien a surenchéri en annonçant, lundi, la suspension des échanges commerciaux avec Copenhague. Cité par ISNA, le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad s'en est pris aux journaux occidentaux en leur reprochant leur partialité. «Ils proclament que la presse est libre mais ne publient rien sur les droits palestiniens», a-t-il déclaré. Son message a vite trouvé un écho du côté du journal Hamshahri. Le quotidien de la municipalité de Téhéran, à tendance conservatrice, vient de suggérer un concours de caricatures sur l'Holocauste - dont le président avait récemment contesté «le mythe». Avec à l'appui, pour les gagnants, un lot de pièces d'or.

«Une grande question se pose pour les musulmans: la liberté d'expression occidentale autorise-t-elle que l'on évoque des sujets tels que les crimes commis par Israël ou l'Amérique ou un incident comme l'Holocauste, ou cette liberté d'expression n'est-elle bonne qu'à insulter les valeurs sacrées des religions divines?» interroge le quotidien iranien. «Hamshahri, loin de toute attitude conflictuelle ou de comportement déraisonnable, invite les artistes du monde entier à user de cette liberté d'expression pour faire parvenir des caricatures sur ces thèmes afin de participer au concours», précise-t-il dans ses colonnes.