Le boom des cryptomonnaies entraîne des coupures d’électricité en Iran. Le 26 mai dernier, le président Hassan Rohani a donc annoncé l’interdiction du minage sur son territoire – ce processus d’extraction des cryptomonnaies effectué via des ordinateurs pour permettre la création de nouvelles pièces et assurer le maintien du journal des transactions de jetons numériques. Une opération gourmande en énergie, qui aurait provoqué «des pannes électriques au sein de plusieurs foyers ou bureaux d’entreprises pouvant durer jusqu’à six heures par jour», précise le Financial Times. La plus médiatisée d’entre elles est celle survenue durant le championnat asiatique d’échecs en ligne, qui a causé la défaite des joueurs iraniens. La limitation des extractions restera en vigueur jusqu’au 22 septembre prochain.

Bien que, selon Hassan Rohani, ces pannes proviennent principalement d’une vague de chaleur et de sécheresse affectant la production d’énergie hydroélectrique, ce dernier a aussi souligné que la consommation d’électricité avait augmenté de 20% dans le pays au cours de l’année écoulée et que l’extraction de cryptomonnaies, dont 85% se font sans licence, utilisait plus de 2000 gigawatts du réseau chaque jour. Une relation de cause à effet contestée par les analystes iraniens, même si la demande de monnaies numériques en Iran a effectivement augmenté ces derniers mois: «Les Iraniens essaient de protéger leurs économies contre un taux d’inflation annuel de 46,9%, un marché boursier en chute libre et des prix immobiliers stagnants», poursuit le Financial Times.

Des cryptomonnaies très rentables

Dans un rapport publié le 21 mai, le chercheur Tom Robinson estime que l’Iran représente à lui seul 4,5% des opérations de minage de bitcoin dans le monde. Selon le cofondateur et responsable scientifique d’Elliptic, un cabinet britannique spécialisé dans l’analyse des cryptoactifs, le secteur rapporte des centaines de millions de dollars à l’Etat. De plus, l’industrie des cryptomonnaies permettrait à l’Iran de faire face à l’embargo économique imposé par les Etats-Unis.

Car en octobre 2020, les autorités iraniennes ont décrété que les cryptomonnaies extraites légalement sur son territoire «ne seront échangeables que lorsqu’elles sont utilisées pour financer des importations en provenance d’autres pays», écrit Iran Daily. A son tour, début mai, la banque centrale iranienne a autorisé les institutions financières à payer les importations avec des actifs numériques, tout en spécifiant que ceux-ci devaient provenir de mineurs accrédités par l’Etat.

Un protectionnisme amorcé en 2019, quand les autorités iraniennes ont mis en place un régime de licences qui oblige les mineurs à s’identifier, à payer un tarif plus élevé pour l’électricité et à vendre leurs extractions à la banque centrale d’Iran. Un bémol: si les importations peuvent, en théorie, être payées avec des bitcoins, «les sanctions américaines interdisent toute transaction bancaire avec l’Iran et la technologie blockchain enregistre les détails des transactions, ce qui rend difficile pour les commerçants iraniens de l’utiliser pour échapper aux sanctions», pointe le Financial Times.

Régulation en vue

Le 9 juin dernier, au cours d’une réunion du Conseil suprême de coordination économique, le président a exprimé sa volonté de créer un cadre juridique et technique pour contrôler ces opérations, «légaliser les cryptomonnaies et protéger le capital des gens dans ce domaine». Il souhaite donc du même coup régulariser l’usage de ces monnaies numériques tout en interdisant provisoirement leur extraction.

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Quoi qu’il en soit, le minage reste une activité lucrative pour le gouvernement. Des entreprises polonaises, indiennes, ou encore turques, ont reçu fin mai l’autorisation d’extraire des cryptomonnaies en Iran. Une des plus importantes, située à Rafsanjan, est dirigée par la Chine, précise le quotidien londonien.

Une précision piquante alors que le gouvernement chinois a lui aussi amorcé fin mai une répression du minage dans son pays, qui abrite plus de la moitié des mineurs de bitcoins du monde entier.