Aucune femme ministre, un gouvernement de technocrates âgés et expérimentés où les réformateurs ont peu de place: le président iranien, Hassan Rohani, a déçu ses soutiens réformateurs en présentant, mardi 8 août, l’équipe gouvernementale qui doit poursuivre sa politique d’ouverture à l’étranger durant son second mandat.

Réélu avec 57% des voix le 19 mai, Hassan Rohani avait laissé espérer qu’il nommerait des ministres plus réformateurs et plus jeunes, et promis de présenter au moins trois ministres femmes au parlement, qui doit valider ses propositions la semaine prochaine. Son précédent gouvernement n’en comptait aucune, mais trois vice-présidentes, dont la validation n’est pas requise.

Critiques virulentes

Le maintien au Ministère de l’intérieur d’Abdolreza Rahmani Fazli exprime au mieux, selon certains détracteurs, le recul du chef de l’Etat. Ils reprochent notamment à ce proche des conservateurs d’avoir désigné de trop «faibles» gouverneurs de provinces, relais du gouvernement central face aux pouvoirs locaux.

Le député indépendant Gholam-Ali Jafarzadeh Imenabadi a aussitôt fait savoir que le parlement n’accorderait pas son vote de confiance à au moins trois ministres. Sur les réseaux sociaux, l’absence de ministre femme suscitait également des critiques virulentes. Fait inédit, 157 députés sur 290 avaient pourtant demandé au président d’en nommer.

Depuis plusieurs semaines, Hassan Rohani s’efforçait de pacifier ses relations avec les conservateurs, les Gardiens de la révolution – la principale force armée iranienne – et le pouvoir judiciaire. En juillet, il s’est entretenu avec certains chefs des Gardiens, qu’il avait qualifiés durant la présidentielle d’«Etat parallèle avec des armes». Lors de cette campagne d’une rare violence, le président sortant avait également multiplié les attaques contre le chef de l’institution judiciaire, le conservateur Sadegh Larijani.

Le frère du président, Hossein Fereydoun, a été emprisonné en juillet, avant d’être libéré en contrepartie d’une caution record de 11 millions d’euros. Hossein Fereydoun est poursuivi pour «corruption», et son incarcération est apparue comme un signal de défiance. Afin de se protéger des attaques incessantes des conservateurs et des critiques du guide suprême, Ali Khamenei, Hassan Rohani aurait choisi, selon certains députés, de consulter ce dernier plus largement qu’il n’est d’usage durant la formation de son gouvernement.

Le 3 août, en adoubant officiellement le président, Ali Khamenei lui a conseillé de «s’occuper des problèmes des gens», c’est-à-dire avant tout de favoriser l’emploi, et l’a encouragé à approfondir les relations de l’Iran «avec le monde» et à «résister avec force» aux Etats-Unis.

Sous pression

Mis en difficulté par les conservateurs en Iran, Hassan Rohani est également affaibli à l’étranger par les critiques de l’administration américaine contre l’accord sur le nucléaire signé en juillet 2015, la pierre angulaire de sa politique d’ouverture. Le président américain, Donald Trump, a promulgué, mercredi 2 août, une loi imposant de nouvelles sanctions contre l’Iran, censée répondre notamment à la poursuite du programme de missiles balistiques de Téhéran.

En mettant ainsi la pression sur l’Iran, les Etats-Unis «affaiblissent Hassan Rohani tout en renforçant les conservateurs, explique Ali Vaez, analyste à l’International Crisis Group. Pour être élu, Hassan Rohani avait dû pencher lourdement vers sa gauche. Ironiquement, il est désormais forcé de pencher à droite pour demeurer au pouvoir.»

Signe d’une volonté de continuité affichée par le modéré Hassan Rohani: une moitié de ses 18 ministres sont maintenus, d’autres sont remplacés par des adjoints ou des membres des cabinets. Mohammad Javad Zarif et Bijan Zanganeh, chargé des Affaires étrangères et du pétrole – et principaux artisans de la politique de Hassan Rohani –, demeurent en place.

Bijan Zanganeh s’est battu pour faire aboutir, en juillet, un contrat de 1,75 milliard d’euros avec le français Total, pour la première phase de développement d’un important champ gazier offshore, Pars Sud. Total se distinguait ainsi comme la première compagnie pétrolière occidentale à revenir en Iran depuis la levée partielle de l’embargo. Cet accord a été violemment critiqué par des conservateurs, qui y voient un abandon des richesses nationales à une puissance étrangère.