«On nous a dit de nous protéger le visage avec notre bras pendant l'explosion. Je voyais à travers mon bras le soldat devant moi et je voyais ses plombages à travers sa tête.» Ce témoignage de l'ancien soldat canadien Bob Henderson a été dévoilé au cours d'un documentaire choc, Bombes à retardement, présenté récemment en avant-première à Montréal.

Les réalisateurs québécois Eric Ruel et Guylaine Maroist ont suivi le long combat de quatre Canadiens rescapés des expériences atomiques américaines, déterminés à être indemnisés par Ottawa. En 1957, en pleine guerre froide, le Ministère canadien de la défense a souhaité tester les réactions de ses troupes sur un théâtre d'opérations nucléaires. Un groupe de 40 soldats canadiens a été envoyé aux côtés de militaires américains dans le désert du Nevada.

Six explosions nucléaires

Les Canadiens ont été soumis aux radiations de six explosions nucléaires en atmosphère pendant deux mois. Durant l'une des explosions, les militaires, réfugiés dans des tranchées, n'étaient qu'à 1000 mètres du point d'impact. L'un des rescapés de ces tests, Jim Huntley, aujourd'hui âgé de 68 ans, a déclaré: «Un jour, nous étions assis par terre et la bombe a explosé. Des gens vêtus de costumes blancs qui ressemblaient à des combinaisons spatiales sont venus vers nous avec des compteurs Geiger. Nous faisions tic-tac comme des pendules.»

En 1990, le gouvernement des Etats-Unis a reconnu sa responsabilité et il a versé un dédommagement de 75000 dollars aux seuls soldats américains. Bob Henderson souligne que les vétérans de ces expériences atomiques souffrent de cancers, de leucémies, de problèmes cardiaques et d'arthrite. L'ancien militaire a eu les quatre affections. Les épouses des cobayes de l'atome ont fait des fausses couches. Des enfants sont nés avec des malformations. Jim Huntley a appris que quatre hommes sur cinq étaient décédés de cancers, de leucémies ou de tumeurs au cerveau. Après avoir essuyé des fins de non-recevoir du Ministère de la défense, Jim Huntley et ses compagnons de la Canadian Atomic Veterans Association ont menacé Ottawa de rendre leur cause publique.

Jeudi, cinquante ans après les faits, le ministre de la Défense, Peter McKay, a plié, reconnaissant que des Canadiens ont été exposés à des explosions atomiques. La forme que prendront les compensations reste à déterminer.