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Islamabad promet d'agir contre l'extrémisme. Vraiment?

Le général Pervez Musharraf avait déjà tenté de sévir contre les milieux islamistes radicaux. Ses promesses n'ont rien donné.

Le «général-président» Pervez Musharraf – ainsi que le désigne la presse pakistanaise – avait dû promettre après le 11 septembre 2001 de s'engager à fond dans la lutte antiterroriste. C'est à ce prix que Washington avait accepté de ne pas faire payer à son pays le soutien apporté par les gouvernements pakistanais successifs aux talibans lorsqu'ils étaient installés dans l'Afghanistan voisin.

Or, les attentats du 7 juillet à Londres, où de jeunes kamikazes d'origine pakistanaise se sont suicidés en se faisant exploser, reposent aujourd'hui la question de la lutte contre l'extrémisme, telle que la pratique le gouvernement du président Musharraf. Elle se pose avec d'autant plus d'acuité que deux des auteurs des premiers attentats de Londres ont séjourné au Pakistan en 2004. Ils en auraient profité pour fréquenter des écoles coraniques servant de couverture à des organisations extrémistes.

Série d'arrestations

Dès que ce lien direct avec le Pakistan a été établi par les enquêteurs britanniques, le gouvernement pakistanais s'est retrouvé sous la pression de Londres et de Washington: «Nous tenons beaucoup à ce que des mesures soient prises par rapport à l'enseignement extrémiste délivré dans ces endroits et je suis sûr que c'est aussi dans l'intérêt du Pakistan, qui souffre aussi de ces terroristes», a lancé Tony Blair, tandis que la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice téléphonait au général Musharraf pour parler «lutte contre le terrorisme».

Depuis mardi dernier, donc, les forces de l'ordre pakistanaises multiplient les arrestations dans tous les coins du pays. Jeudi, Pervez Musharraf est apparu à la télévision pour annoncer des mesures radicales contre les madrasas suspectes. Vendredi matin, près de 300 personnes avaient été appréhendées, à la grande fureur de quelques milliers de protestataires qui ont jugé dans certaines villes, à la sortie de la prière du vendredi, que Musharraf participait à la «conspiration mondiale contre l'islam» dénoncée par les partis d'opposition islamistes.

Ces protestations témoignent de l'étroite marge de manœuvre du général. Son gouvernement tente d'ailleurs de donner l'impression à son public qu'il agit en toute indépendance. «Nous savons que c'est dans l'intérêt de notre pays», a déclaré le premier ministre Shaukat Aziz, assurant cette semaine à la presse pakistanaise que Londres n'était pour rien dans la campagne contre l'extrémisme. Il a tenté aussi de ménager les écoles coraniques dont il a loué le rôle efficace en matière d'éducation tout en soulignant qu'il ne s'agissait de s'attaquer qu'aux éléments qui propageaient le «sectarisme» et «l'extrémisme». Plus discrètement, une source anonyme des services de renseignement pakistanais a pourtant déclaré à l'AFP que le Pakistan était naturellement «sous une énorme pression pour montrer au monde que nous agissons contre les extrémistes».

Outre cette série d'arrestations, Musharraf a également promis dans son intervention télévisée de mettre, à l'avenir, de l'ordre dans la jungle des écoles coraniques, qui pour certaines sont soupçonnées d'être des viviers d'aspirants terroristes. Mais les observateurs sont sceptiques. Dans un article paru le 17 juillet dans le Washington Post, Samina Ahmed, de l'International Crisis Group (ICG), détaille sévèrement les ratés de la lutte menée par le président Musharraf. Elle souligne notamment qu'en janvier 2002, le même Musharraf avait déjà promis de combattre l'extrémisme en mettant de l'ordre dans le monde des madrasas. Or, sous la pression des partis religieux notamment, la plupart des personnes arrêtées dans la foulée avaient été rapidement relâchées, tandis que les organisations interdites renaissaient tranquillement sous d'autres noms. «Les promesses de Musharraf n'ont rien donné», rappelle la directrice du projet Asie du Sud de l'ICG. Un jugement qui incite à considérer avec prudence l'activité que déploie ces jours le gouvernement pakistanais.