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Les islamistes continuent à saccager les mausolées de Tombouctou

Un groupe armé islamiste contrôlant le nord du Mali a poursuivi dimanche la destruction d’anciens mausolées de saints musulmans. Le riche patrimoine de la ville aux 333 saints est en péril

Des islamistes armés qui contrôlent le nord du Mali ont commencé dimanche matin à démolir à nouveau des mausolées de saints musulmans à Tombouctou, après avoir détruit la veille trois sites similaires dans cette ville mythique, a affirmé un témoin présent sur les lieux.

Quelques dizaines de membres d’Ansar Dine se sont rendus dans le cimetière de Djingareyber, quartier «situé au sud de Tombouctou, où il y a des mausolées (au moins trois). Ils sont vers le mausolée de Cheikh el-kébir, ils sont en train de casser», a expliqué ce témoin, travaillant pour un média local.

Selon lui, à leur arrivée, les hommes ont encerclé le cimetière et avaient des «outils» comme des burins et des houes, «aujourd’hui (dimanche), il n’y avait pas de ‘Caterpillar’», engin de démolition.

«Ils ont crié ‘Allah akbar!’ (Dieu est grand, en arabe). Ils ont dit qu’ils vont détruire les mausolées» avant de se lancer dans la destruction, a-t-il ajouté.

Samedi, en quelques heures, des hommes d’Ansar Dine avaient détruit trois mausolées dans la ville, en expliquant qu’il s’agissait de représailles à la décision de l’Unesco, le 28 juin, d’inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril car la présence des islamistes la mettait en danger.

Ils ont démoli les sanctuaires de Sidi Mahmoud, Sidi Moctar et Alpha Moya, trois des 16 mausolées existant dans la ville et sa périphérie.

Des saints protecteurs

Tombouctou a été fondée entre le XIe et le XIIe siècle, selon les documents, par des tribus touareg. Les mausolées de saints musulmans sont considérés comme des protecteurs dans la ville. «Il y a 333 saints à Tombouctou, on sait exactement où ils sont enterrés, entre les cimetières, les mausolées ou de simples tombeaux. Il y a 16 mausolées, bien construits», généralement en terre crue, «les sépultures sont là, on peut les visiter», explique, sous couvert d’anonymat, un expert malien de ces questions, originaire de la ville.

Selon lui, ces personnages vénérés, qui valent à Tombouctou son surnom de «cité des 333 saints», «représentent ceux que, dans la culture occidentale, on appelle saints patrons». Il y en a qui sont sollicités «pour les mariages, pour implorer la pluie, contre la disette...» Les mausolées des saints ont une grande importance à Tombouctou et sont «des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers», affirme l’Unesco sur son site.

Ces sites, importants lieux de recueillement, sont situés en ville ou dans des cimetières en périphérie de la cité avec des tombes portant des stèles et autres insignes funéraires.

Les cimetières de Sidi Mahmoud, dans le nord de la ville, et d’Alpha Moya (ou Alpha Moya Idjé Tjina Sare), dans l’est de la cité, sont parmi les mausolées les plus visités par les pèlerins. Ces deux mausolées et celui de Sidi Moctar (ou Sidi el Moctar), dans le nord-est de la ville, sont les trois qui ont été détruits samedi par les islamistes dAnçar Eddine, prônant l’application de la charia (loi islamique) à travers tout le Mali. Ançar Eddine va continuer la démolition de tous les sites similaires, «sans exception», selon un de ses porte-parole, Sanda Ould Boumama. Tombouctou compte également trois grandes mosquées historiques (Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia).

Manuscrits précieux

La ville est également célèbre pour ses dizaines de milliers de manuscrits, dont certains remontent au XIIe siècle, et d’autres de l’ère pré-islamique. Ils sont pour la plupart détenus comme des trésors par les grandes familles de la ville.

Avant la chute de Tombouctou aux mains des groupes armés, environ 30 000 de ces manuscrits étaient conservés à l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (Ihediab, ex-Centre de documentation et de recherches Ahmed Baba), fondé en 1973 par le gouvernement malien. Possession des grandes lignées de la ville, ces manuscrits, les plus anciens remontant au XIIe siècle, sont conservés comme des trésors de famille dans le secret des maisons, des bibliothèques privées, sous la surveillance des anciens et d’érudits religieux. Ils sont pour la plupart écrits en arabe ou en peul, par des savants originaires de l’ancien empire du Mali.

Ces textes parlent d’islam, mais aussi d’histoire, d’astronomie, de musique, de botanique, de généalogie, d’anatomie... Autant de domaines généralement méprisés, voire considérés comme «impies» par Al-Qaida et ses affidés djihadistes.

Des bureaux de l’Ihediab ont été saccagés plusieurs fois en avril par des hommes en armes, mais les manuscrits n’ont pas été affectés. Par mesure de sécurité, ils ont été transférés vers un lieu «plus sécurisé», selon des défenseurs maliens de ce patrimoine. Dans une déclaration commune diffusée le 18 juin, les bibliothèques de Tombouctou affirment qu’aucun détenteur de manuscrit n’a été menacé, mais soulignent que la présence des groupes armés les «met en danger».

En plus de la ville de Tombouctou, l’Unesco a aussi inscrit jeudi sur la liste du patrimoine mondial en péril le Tombeau des Askia, un site édifié en 1495 dans la région de Gao, autre zone sous contrôle de groupes armés depuis fin mars. Des combats, qui ont fait au moins 20 morts, ont opposé mercredi à Gao des combattants touareg et des islamistes. Ces derniers en ont pris le contrôle total, selon de nombreux témoins.

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