«Déterminé et volontaire mais pragmatique.» C’est en ces termes que les spécialistes israéliens du Hamas décrivent Ismaïl Haniyeh (54 ans), le nouveau chef de l’organisation islamiste désigné samedi pour remplacer Khaled Mechaal.

Ancien chef de cabinet du cheik Ahmed Yassine, l’un des cofondateurs du Hamas «liquidé» par Israël le 6 septembre 2003, puis chef du «gouvernement» du Hamas de 2006 à de 2007, Ismaïl Hanyeh est né dans le camp de réfugiés de Chaati à Gaza et a toujours vécu dans l’enclave palestinienne. Il y a achevé ses études universitaires en littérature islamique et a connu l’occupation israélienne de près puis qu’il a été arrêté à plusieurs reprises par les forces de l’Etat hébreu.

Selon les commentateurs de la presse arabe, ce tribun à la barbe blanche impeccablement taillée est beaucoup plus conscient des souffrances de la population locale que son prédécesseur. Khaled Mechaal, né en Cisjordanie, est parti en exil en 1967 avant de s’installer en Jordanie, au Koweit, en Syrie et au Qatar ces dernières années.

«Les pieds sur terre»

Cinq jours à peine après la publication à Doha d’un document en 62 points explicitant la nouvelle ligne politique du Hamas et reconnaissant l’existence des frontières qui prévalaient avant la guerre des Six jours (de juin 1967), l’arrivée d’Ismaïl Haniyeh a la tête de l’organisation marque donc une étape importante.

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«Il reste opposé à l’existence d’Israël et rêve tout haut d’un Etat islamique qui s’étendrait du Jourdain à la Méditerranée mais il a les pieds sur terre. Il sait que ce n’est pas pour demain et il agira en conséquence», affirme le chroniqueur israélien Ehoud Nehari. Qui poursuit: «En revanche, à court terme, on peut s’attendre à ce qu’il se montre plus souple à l’égard de l’Autorité palestinienne à Ramallah en Cisjordanie». Les négociations de réunification entre les deux rivaux pourraient reprendre. En 2007, le Hamas avait pris le contrôle de Gaza après de violents affrontements interpalestiniens.

Une désignation qui n’est pas une surprise

Contrairement à Khaled Mechaal qui passe pour un «jusqu’au-boutiste», Ismaïl Haniyeh sait en tout cas jusqu’où ne pas aller trop loin. Durant l’opération «Bordure protectrice», la guerre de 50 jours qui a opposé Israël aux organisations palestiniennes de Gaza durant l’été 2014, il ne lui avait pas fallu longtemps pour évaluer l’ampleur des souffrances causées à la population civile de l’enclave par les bombardements de l’Etat hébreu. Alors que Khaled Mechaal voulait poursuivre le combat en accord avec les chefs de la branche militaire du Hamas, Ismaïl Haniyeh s’était prononcé en faveur d’un cessez-le-feu négocié par l’intermédiaire de l’Egypte. Mais il n’avait pas été entendu et les combats avaient donc continué jusqu’à ce que la communauté internationale intervienne pour imposer une trêve.

La désignation d’Ismaïl Hanyeh par le Majlis-al-Shura, le «parlement» du Hamas se réunissant en secret, n’est pas vraiment une surprise puisque l’ex-«premier ministre de Gaza» était considéré comme le favori depuis près de deux ans. Le fait qu’il ait été nommé signifie que son organisation veut améliorer ses relations avec le monde en général. En commençant par les pays arabes voisins et surtout avec l’Egypte qui contrôle le point de passage de Rafah. Le Caire accuse le Hamas d’aider les sympathisants de l’organisation Etat islamique qui combattent l’armée égyptienne dans le nord du désert du Sinaï.

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Pour les autorités israéliennes, la nomination du nouveau «leader terroriste» ne change rien sue le fond, puisque le Hamas est toujours «une organisation dont l’objectif reste la destruction» de l’Etat hébreu. En revanche, les analystes de la presse quotidienne estiment que l’entrée en fonction d’Ismaïl Haniyeh réduira les risques d’un déclenchement rapide un nouveau conflit armé. Ils estiment que le nouveau patron du Hamas réfléchira à deux fois avant d’autoriser sa branche armée à tirer des roquettes sur l’Etat hébreu.