Israël, argument électoral des républicains

Depuis qu’un préaccord sur le programme nucléaire iranien a été conclu à Lausanne jeudi dernier, Tom Cotton ne rate pas une occasion pour le juger inacceptable. Elu de l’Arkansas au Sénat américain en novembre 2014 à l’âge de 37 ans, cet ancien combattant d’Afghanistan est l’une des voix républicaines les plus entendues pour diaboliser l’Iran. C’est lui qui a écrit la lettre signée par 46 autres sénateurs adressée aux autorités iraniennes pour saper l’autorité du président Barack Obama auprès de Téhéran.

Dans l’histoire du Capitole, il est rare qu’un jeune élu commette un acte aussi audacieux à peine intronisé dans la Chambre haute. Mais les soutiens financiers qui ont permis son élection l’expliquent en partie. Selon le New York Times, Tom Cotton a touché 950 000 dollars d’un comité pro-israélien dirigé par l’éditorialiste Bill Kristol. Le milliardaire new-yorkais Paul Singer a lui aussi versé 250 000 dollars pour le soutenir au même titre qu’un comité d’action politique présidé par John Bolton, l’ex-ambassadeur américain auprès de l’ONU qui appelle à bombarder l’Iran sans délai.

Ce cas paraît anecdotique, mais il révèle deux tendances nouvelles. Les donateurs pro-israéliens préfèrent désormais financer le Parti républicain alors qu’historiquement le Parti démocrate était le plus proche d’Israël. Les républicains eux-mêmes ont fait de la défense systématique et inconditionnelle de l’Etat hébreu un argument essentiel de leur discours de politique étrangère. Face à une administration Obama en froid avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, ils estiment qu’une telle stratégie électorale peut être porteuse.

L’électorat évangélique

Aujourd’hui, les candidats possibles à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016 commettraient un quasi-suicide politique en osant émettre la moindre critique à l’égard d’Israël. L’ex-secrétaire d’Etat de George Bush père, James Baker, donne l’illustration du climat qui règne dans le parti. S’exprimant devant J Street, un lobby pro-israélien de la gauche modérée à Washington, il a critiqué Benyamin Netanyahou, l’accusant de torpiller les chances de paix entre Israéliens et Palestiniens. Le premier ministre israélien avait déclaré, avant de se raviser, qu’il n’y aurait pas d’Etat palestinien tant qu’il serait chef du gouvernement. Dans le camp républicain, les remarques de James Baker ont très mal passé. Les réactions sont à l’aune de la place disproportionnée qu’occupe Israël sur la scène politique américaine. Même le vraisemblable candidat présidentiel Jeb Bush s’est senti dans l’obligation de se distancier de James Baker qu’il a pourtant choisi comme conseiller. Or voici deux décennies, ce même James Baker osait fustiger la construction de colonies en Israël devant le lobby pro-israélien Aipac. Dimanche dernier encore, sur CNN, il répétait que la paix ne sera pas trouvée tant que des «terres arabes resteront occupées».

Après avoir invité Benyamin Netanyahou, à l’insu de la Maison-Blanche, à parler devant le Congrès, John Boehner, le président de la Chambre des représentants, vient d’achever un voyage en Israël. Son homologue du Sénat Mitch McConnell est sur le point d’en faire de même. En précampagne électorale, le nouveau fil narratif républicain permet aussi de dépeindre Barack Obama comme le «président le plus anti-Israël» dans l’histoire des Etats-Unis. Dans une interview accordée samedi à l’éditorialiste Thomas Friedman, Barack Obama dit mal vivre cette distorsion de la réalité. Sous sa présidence, les relations avec Israël dans le domaine militaire et du renseignement ont été plus fortes que jamais. Le démocrate et ex-membre de la Chambre des représentants Jim Slattery a son explication: «Les milieux évangéliques américains sont les plus fervents défenseurs d’Israël. Ils sont aussi un électorat crucial pour les républicains.»