Israël sous le choc après la tuerie dans une synagogue

Proche-Orient Quatre personnes ont été tuées par deux Palestiniens qui ont ensuite été abattus

Benyamin Netanyahou a averti qu’il répondrait avec «une main de fer»

Tôt mardi matin, deux Palestiniens armés de hachoirs et de pistolets ont tué quatre Israéliens, dont trois d’origine américaine, et blessé une dizaine d’autres dans la synagogue Kehilat Bnei Torah de Jérusalem. Deux heures après cet attentat le plus meurtrier depuis plusieurs années dans la Ville sainte, l’«état d’alerte numéro trois» a été décrété. L’état-major de la police a rappelé ses effectifs en congé ainsi que des réservistes. Des unités ont également été déployées devant les institutions religieuses juives ainsi qu’aux entrées des quartiers arabes de la ville. Plus spécialement à Jabel Moukhaber où résidaient Ouday et Rassan Abou Jamal, les deux auteurs de l’attentat qui ont été abattus en pleine action.

Si le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) a revendiqué la paternité de l’attaque, l’Autorité palestinienne (AP) ainsi que les trois députés arabes israéliens les plus influents l’ont vivement condamnée. Une prise de position rarissime qui montre l’importance de l’événement.

«Cet attentat est différent des précédents, car attaquer des fidèles juifs en pleine prière, ce n’est pas anodin, estime le député travailliste Nahman Shaï. Est-ce le début de la troisième Intifada? En tout cas, cette attaque nous fait changer de registre. Elle nous précipite dans une autre dimension faite de représailles et de ripostes. Ce n’est pas un remake de la première ou de la deuxième Intifada, nous entrons dans l’inconnu et nous devrons apprendre à le gérer pour éviter la descente aux enfers.»

Le premier ministre Benyamin Netanyahou a averti qu’il répondrait avec «une main de fer». Il a réuni d’urgence le cabinet restreint de la sécurité ainsi que les chefs des services de renseignement pour un examen approfondi de la situation. Le ministre de la Sécurité intérieure, Yitzhak Aharonovitch, a promis de «renforcer le dispositif sécuritaire partout où cela s’avérera nécessaire». Mais il a rejeté l’hypothèse d’un véritable soulèvement palestinien. «Fichez-moi la paix avec votre Intifada, a-t-il lâché. Cela n’est qu’une vague de terreur passagère.»

Il suffit pourtant de se promener dans les quartiers arabes pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille. Les motifs de mécontentement sont nombreux et profonds: la pauvreté, le chômage, la surpopulation, l’état déplorable des infrastructures, auxquels s’ajoutent, l’accélération des constructions dans les «nouveaux quartiers juifs», la poursuite de la colonisation et le blocage du processus de paix.

«Les gens sont frustrés, ils encaissent sans fin et, un jour, ça explose, affirme le syndicaliste palestinien Manawell Issa Adbellal. Est-ce que ce jour de l’Intifada est arrivé? Je ne le crois pas, mais je peux me tromper. Par contre, je suis certain que les violences sous toutes leurs formes vont se multiplier parce que nos jeunes sont en détresse et qu’ils n’ont pas d’autres moyens de se faire entendre.»

Bon nombre de Palestiniens de Jérusalem considèrent d’ailleurs l’attentat perpétré par les cousins Abou Jamal comme une réponse justifiée à leur frustration: comme un «acte héroïque» destiné à venger la mort de Mouhamad Abou Khdeir, un adolescent brûlé vif par des extrémistes juifs en juillet dernier, ainsi que celle de Youssef al-Ramouni, un chauffeur d’autobus palestinien retrouvé pendu dimanche soir au fond de son véhicule. Selon la police, ce jeune père de famille se serait suicidé, mais ses proches jurent qu’il n’avait aucune raison d’accomplir ce geste. Photos du cadavre à l’appui, ils accusent donc des colons de l’avoir battu et assassiné.

Pourtant, l’autopsie effectuée lundi par un praticien israélien en présence d’un expert palestinien désigné par la famille conclut bel et bien au suicide. Mais le rapport officiel ne convainc pas la rue palestinienne qui considère le chauffeur comme un «martyr». «Ajoutée aux frustrations récurrentes, l’affaire Al-Ramouni achève de faire bouillir le sang des Palestiniens. Elle confirme la situation hautement explosive, explique le chroniqueur Avi Issaharof. A l’avenir, il faut donc s’attendre à ce que la situation se dégrade davantage.»

Dans le quartier arabe de Jabel Moukhaber, les proches d’Ouday et de Rassan Abou Jamal s’attendent à ce que leurs deux maisons familiales soient détruites par l’armée israélienne en même temps que celles des autres Palestiniens ayant mené des attaques à la voiture bélier contre les passagers du tramway de Jérusalem. Mais ils promettent de ne pas se laisser faire. «Les jeunes des quartiers arabes se battront, ce sera l’embrasement», promet l’oncle des deux terroristes.

Malgré l’imposant déploiement policier, de nouvelles émeutes ont d’ailleurs éclaté hier soir dans plusieurs quartiers arabes de la Ville sainte ainsi qu’aux points de passage vers la Cisjordanie. Une femme a été poignardée dans la rue à Kfar Saba, une ville située à une quinzaine de kilomètres de Tel-Aviv, et plusieurs voitures ont été caillassées alors qu’elles circulaient sur des routes réputées calmes.

«Les violences sous toutes leurs formes vont se multiplier parce que nos jeunes sont en détresse»