Israël dénonce un «gouvernement terroriste»

Proche-Orient Reconnaissance par les Etats-Unis du cabinet d’union palestinienne

L’entourage de Benyamin Netanyahou a parlé de «coup de poignard dans le dos» mardi matin après que le Département d’Etat américain eut confirmé qu’il collaborerait avec le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale né de la réconciliation entre le Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, et le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza. «Les Américains sont naïfs», a affirmé le ministre des Communications, Gilad Erdan, qui passe pour dire tout haut ce que le premier ministre israélien pense tout bas.

Dirigé par le premier ministre sortant Rami Hamdallah, le gouvernement palestinien compte 18 technocrates sans étiquette politique affichée, mais dont les deux tiers sont des proches de Mahmoud Abbas. Donc, des modérés. Après leur prestation de serment lundi, le président de l’Autorité palestinienne (AP) a prononcé une allocution solennelle confirmant que son équipe gouvernementale s’opposera à la violence et respectera les Accords de paix d’Oslo (1993).

Mais pour Israël, il s’agit bel et bien d’un «gouvernement terroriste». «Les Etats-Unis et l’Europe diffusent le mensonge sur la nature de ce gouvernement de terroristes. Je ne comprends pas comment ils envisagent de discuter avec des gens qui veulent créer un Etat islamique fondamentaliste à la place d’Israël», a déclaré le vice-ministre Ofir Akounis (Likoud).

Annexion de la zone C

Dès l’entrée en fonction du nouveau gouvernement palestinien, Israël a en tout cas annoncé qu’il ne reprendrait pas le processus de paix avec lui. Il a également proclamé le gel d’une partie du produit des taxes et droits de douane qu’il prélève au nom de l’AP ainsi que la réduction du nombre de permis de circuler «VIP» attribués à environ 150 personnalités cisjordaniennes.

Dans la foulée, interdiction a été signifiée aux ministres palestiniens de Cisjordanie de se rendre dans la bande de Gaza et vice-versa. Hier matin, les quatre ministres gazaouis du cabinet Hamdallah ont donc participé à leur premier conseil de cabinet par vidéoconférence.

Enfin, pour être sûr de marquer son mécontentement de manière significative, le cabinet israélien de la sécurité a autorisé la création d’une commission chargée d’étudier les conditions d’une annexion éventuelle de la zone C de la Cisjordanie, celle qui est placée sous le contrôle total de l’Etat hébreu dans laquelle se trouvent les grands blocs de colonies. «C’est un pas dans le bon sens, s’est réjoui le ministre de l’Economie, Naftali Bennett, qui représente les colons au sein du gouvernement de Jérusalem. Nous devons prendre les mesures qui s’imposent et oublier le prétendu processus de paix avec les Palestiniens parce qu’il n’a toujours été qu’un leurre pour les naïfs qui gobent leurs beaux discours.»

Certes, à titre personnel, Benyamin Netanyahou est opposé à l’annexion d’une partie de la Cisjordanie. Parce qu’elle provoquerait un isolement total de l’Etat hébreu sur la scène internationale et sans doute une rupture avec les Etats-Unis. Cependant, le fait de l’avoir convaincu d’accepter de créer une commission chargée d’étudier la question passe pour une victoire des ultras. «Le sujet n’est plus tabou puisqu’il est officiellement à l’étude. C’est un beau progrès», s’est d’ailleurs réjoui le ministre Ofir Akounis.

Retour des violences

Parallèlement à cette campagne, les porte-parole de l’Etat hébreu tentent également d’accréditer l’idée selon laquelle la réconciliation entre la Fatah et le Hamas se concrétisera par le retour des violences sur le terrain. Voilà pourquoi le chef de l’état-major de l’armée et une meute de journalistes spécialement invités se sont, au milieu de la nuit, déplacés à Tapouah, un point de passage de Cisjordanie où un Palestinien a été abattu durant la nuit après avoir, semble-t-il, ouvert le feu sur des soldats de l’Etat hébreu. En temps normal, cette affaire semblable à beaucoup d’autres n’aurait pas intéressé grand monde en Israël. Cette fois, elle est présentée comme un avant-goût de ce qui se prépare.