Le gouvernement israélien s’inquiète sérieusement du développement de campagne «Boycott-Divestment-Sanction» (BDS) lancée en 2005. pour favoriser une mise à l’écart de l’Etat hébreu sur la scène internationale. Voilà pourquoi le gouvernement de Benyamin Netanyahou met actuellement en place une structure chargée de lutter activement contre elle. Celle-ci fonctionnera au sein du Ministère des questions stratégiques, dont elle constituera un département. Elle sera dirigée par un ancien du Shabak (la Sûreté générale) et ses effectifs seront des militaires ou anciens des services de renseignements.

Leur mission? Récolter toutes les informations utiles sur les BDS dans les pays où cette organisation est active, analyser ses activités, connaître ses principaux militants et, surtout, établir une stratégie «anti-boycott» avec l’aide du Ministère des affaires étrangères. Cela, entre autres, grâce aux rapports qu’adressent régulièrement à Jérusalem les légations israéliennes à l’étranger.

Certes, depuis onze ans, l’impact de BDS sur le développement économique est resté insignifiant. Quant à ses campagnes visant à convaincre des artistes internationaux de ne pas se produire dans l’Etat hébreu ou des institutions étrangères à ne pas accueillir des créateurs israéliens, leurs résultats sont contrastés. Cependant, l’idée du boycott académique a gagné une partie non négligeable du monde universitaire. Le phénomène s’est notamment étendu aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, mais également en Espagne où 1500 enseignants et chercheurs ont coupé tout contact avec leur homologue de l’Etat hébreu.

Depuis 2011-2012, les Renseignements militaires (Aman) tiennent à l’œil les organisations pro-palestiniennes impliquées dans l’affrètement des «flottilles de la liberté» qui tentent de briser le blocus de la bande de Gaza en envoyant chaque année quelques bateaux se faire arraisonner par la marine israélienne. En revanche, le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’avait jamais pris le BDS au sérieux. Il se contentait de combattre ce mouvement au coup par coup en lançant des imprécations contre ses militants et en encourageant certains de ceux qui se sentaient lésés par le boycott à entamer des actions judiciaires. C’est ainsi que 15 étudiants de l’Université d’Ariel, en Cisjordanie occupée, exclus en 2009 d’un concours organisé par l’Université polytechnique de Madrid en vue de la conception d’une maison écologique ont entamé une procédure devant les tribunaux espagnols. Ils ont obtenu gain de cause au début de cette année et Madrid leur versera des indemnités.

La création d’un département entier au sein du Ministère des questions stratégiques montre évidemment que l’optique des dirigeants israéliens a changé. Ils considèrent que BDS peut désormais infliger de sérieux préjudices à leur pays. Cette prise de conscience s’est semble-t-il déroulée au printemps 2015 lorsque la Palestine a failli obtenir l’exclusion d’Israël de la Fédération internationale de football (FIFA).

Lorsqu’il sera opérationnel d’ici à quelques semaines, tout porte à croire que le nouveau département du Ministère des questions stratégiques aura du pain sur la planche puisque BDS multiplie ses interventions et se développe là où on ne l’attend généralement pas. Ces derniers jours, ses partisans ont ainsi lancé une campagne visant à convaincre le site de location d’appartements de particulier à particulier Airbnb de retirer les propositions émanant des colonies de Cisjordanie. A Chicago, d’autres ont réussi à faire expulser d’un congrès gay des représentants de la «Maison ouverte», un lieu de rencontre pour homosexuels et lesbiennes de Jérusalem.

Indépendamment de la nouvelle structure «anti-BDS» en cours de création, Ayelet Shaked, ministre de la Justice et «numéro deux» du parti Foyer juif (extrême droite), prépare un projet de loi permettant de faire condamner par les tribunaux pénaux et civils israéliens les ONG et les militants qui auraient appelé au boycott de l’Etat hébreu.