«Rester assis sans rien faire n'est pas une option. Il est dans l'intérêt d'Israël d'opérer un retrait des Territoires sur une échelle plus importante que celle qui se fera dans le cadre du plan actuel.» Interviewé par le quotidien anglophone Jerusalem Post, le vice-premier ministre israélien Ehoud Olmert a confirmé que l'Etat hébreu ne se contentera pas d'évacuer la bande de Gaza dans le courant de l'été prochain. Selon lui, il existerait un deuxième plan de désengagement concernant également la Cisjordanie. «Il se peut que nous entamions des négociations avec Mahmoud Abbas (ndlr: le probable futur président de l'Autorité palestinienne) et que celles-ci échouent, a-t-il déclaré. Dans ce cas, Israël continuera de progresser de manière unilatérale et certains de ces mouvements comprendront des retraits supplémentaires.»

Ami et homme de confiance du premier ministre Ariel Sharon, Ehoud Olmert ne parle généralement pas à la légère. En mai-juin 2003, c'est d'ailleurs par son intermédiaire que Sharon avait lancé les premiers ballons d'essai relatifs au retrait de la bande de Gaza. Il avait alors encaissé les critiques acerbes du Yecha (le lobby des colons) ainsi que des faucons du Likoud (son parti), ce qui n'a pas empêché le premier ministre de dévoiler ensuite la teneur de son «plan de séparation unilatérale».

Cette fois, les chroniqueurs israéliens sont persuadés qu'Ehoud Olmert rejoue la même partition et qu'il commence – avec l'accord de Sharon – à préparer l'opinion à ce qui se passera après le retrait de Gaza. Certes, pour l'heure, le vice-premier ministre ne donne aucun détail sur le deuxième plan de désengagement. Il affirme cependant qu'il devrait permettre à l'Etat hébreu de contourner les pressions internationales qui ne manqueront pas de s'exercer sur lui lorsque les négociations reprendront avec les Palestiniens.

Peres numéro deux du gouvernement

Coïncidence? Le secrétariat du gouvernement israélien a confirmé jeudi qu'Ariel Sharon présentera dès le mois prochain à ses ministres une nouvelle version du tracé du «mur de séparation». Si celle-ci est approuvée, la «barrière antiterroriste» pénétrera profondément à l'intérieur de la Cisjordanie afin d'englober plusieurs blocs de colonies (50 000 personnes) qu'Israël n'a pas l'intention d'évacuer (même en cas de conclusion d'un accord de paix avec l'Autorité palestinienne), ainsi qu'une série de villages palestiniens comptant environ 18 000 habitants.

Prévue pour le printemps prochain, l'ouverture de ce nouveau chantier risque cependant de poser problème aux travaillistes, qui devraient entrer dans le nouveau cabinet d'union nationale dès la semaine prochaine. En effet, au terme de trois semaines de négociations secrètes, leur leader, Shimon Peres, a finalement obtenu le statut de «remplaçant du premier ministre» qu'il convoitait. Son parti peut donc rejoindre la majorité et permettre à son leader d'avoir accès aux dossiers relatifs à la construction du «mur de séparation» ainsi qu'à ceux du plan de désengagement concernant une partie de la Cisjordanie. Serge Dumont, Tel-Aviv