La décision de fermer le troisième lieu saint de l’islam, également vénéré par les juifs, est sans précédent depuis 1967, a affirmé la fondation qui gère les lieux.

L’esplanade des Mosquées restera fermée jusqu’à nouvel ordre, ont annoncé les autorités israéliennes. On ignore si elle rouvrira avant la grande prière hebdomadaire musulmane du vendredi. A défaut, la situation risquerait d’être explosive.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a qualifié de «déclaration de guerre» cette fermeture ainsi que les agissements israéliens à Jérusalem-Est, partie palestinienne occupée et annexée par Israël depuis 1967.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a annoncé l’envoi de nouveaux renforts de police «significatifs» à Jérusalem.

La police a été placée en état d’alerte sur tout le territoire, a indiqué un porte-parole. Les forces de sécurité étaient présentes en nombre dans les ruelles de la vieille ville, que surplombe l’esplanade des Mosquées. Tous les magasins tiraient leurs rideaux.

C’est en contrebas de la vieille ville que les policiers israéliens ont abattu peu avant 6h00, heure locale, Muataz Hijazi, soupçonné d’avoir tiré mercredi soir sur une figure de l’extrême droite israélienne, Yehuda Glick.

Le Palestinien «a été éliminé à son domicile dans le quartier d’Abou Tor à Jérusalem par une unité des forces spéciales de la police à la suite d’un échange de tirs», a dit à l’AFP un porte-parole de la police, Micky Rosenfeld.

Muataz Hijazi a été tué sur un toit, selon les témoins. Les policiers sont «arrivés pour arrêter le type qui avait tiré sur le rabbin, ils se sont tiré les uns sur les autres, (des) heurts ont éclaté après», a relaté Mahmoud Bazlamit, un habitant de 18 ans.

«C’était un assassinat pur et simple. Ils l’ont tué de sang-froid», a dit un autre habitant sous couvert de l’anonymat.

Les policiers israéliens ont pris le contrôle de l’ambulance qui transportait le corps, selon des témoins.

L’intervention de la police et la mort du Palestinien ont provoqué des échanges de pierres et de grenades assourdissantes entre jeunes Palestiniens et policiers israéliens aux confins des quartiers d’Abou Tor et de Silwan, épicentre des troubles depuis une semaine, a constaté un journaliste de l’AFP.

Muataz Hijazi, qui aurait passé dix ans dans une prison israélienne «pour activités terroristes» selon la radio israélienne, était selon la police le principal suspect dans l’attaque menée mercredi soir par un homme apparemment à moto contre Yehuda Glick, à Jérusalem-Ouest.

Yehuda Glick a été visé alors qu’il sortait d’un débat au Centre de l’héritage de Menahem Begin sur le mont du Temple (le nom donné par les juifs à l’esplanade des Mosquées) dans la vieille ville.

Yehuda Glick, dans un état d’abord jugé critique puis décrit comme stabilisé, est un rabbin, colon qui milite depuis des années pour que les juifs puissent prier sur l’esplanade des Mosquées. Il a été expulsé à maintes reprises du site par les policiers israéliens.

Cette revendication, qui s’est fait entendre de manière accrue ces derniers mois, est une cause majeure des tensions auxquelles est en proie Jérusalem-Est.

Celles-ci se sont encore aggravées depuis le 22 octobre. Ce jour-là, un jeune Palestinien de Silwan est, délibérément selon les autorités israéliennes, entré au volant de sa voiture dans un groupe de voyageurs du tramway et a tué un bébé américano-israélien de 3 mois et une Equatorienne. Le Palestinien a été abattu par un policier.

Plusieurs quartiers ont depuis été le théâtre d’affrontements quotidiens faisant redouter une troisième Intifada.

Les juifs sont autorisés à visiter l’esplanade des Mosquées, mais pas à prier, par crainte des incidents.

Le statut de l’esplanade des Mosquées est une source de tensions permanentes. Les musulmans s’alarment de l’intention prêtée au gouvernement israélien d’autoriser les juifs à y prier. Ils redoutent qu’une telle autorisation constitue le premier pas vers la destruction des mosquées en vue de bâtir le «troisième temple» juif.

M. Netanyahou a redit jeudi n’avoir aucune intention changer le statut de ce lieu saint.

Le statut de l’esplanade des Mosquées est, pour les Palestiniens, la plus cardinale des sources de tensions, une «ligne rouge» selon les autorités palestiniennes. Mais les crispations ont été exacerbées par une série d’événements depuis juin, la guerre de Gaza, la poursuite de la colonisation par Israël, les brimades permanentes auxquelles les Palestiniens se disent en butte, et plus globalement la poursuite de l’occupation.