«Pas un mot sur la Syrie.» Voilà déjà une semaine que Benyamin Netanyahou a ordonné à ses ministres et aux élus du Likoud, son parti, d’éviter les déclarations relatives aux éventuelles frappes occidentales sur l’armée de Bachar el-Assad, ainsi que sur la possibilité de voir un conflit généralisé éclater dans la région. Mais beaucoup ont du mal à se retenir. Interviewé lundi par Kol Israël, la radio publique, l’ex-président de la Knesset Ruby Rivlin (Likoud) s’est longuement appesanti sur les «hésitations» de Barack Obama. A l’en croire, ces «atermoiements» démontreraient qu’Israël ne peut compter que sur lui-même en matière de défense et, aux yeux de cet intervenant, la remarque vaut également pour le dossier du nucléaire iranien.

A l’exception du président de l’Etat hébreu, Shimon Peres, qui défend son homologue américain, la plupart des décideurs et des commentateurs israéliens fustigent l’«attentisme occidental». Ils estiment que le régime de Bachar el-Assad «doit être puni pour avoir utilisé des armes chimiques», mais ils redoutent que lui et ses alliés du Hezbollah ne se retournent ensuite contre leur pays. Voilà pourquoi l’armée a été placée en alerte sur le plateau du Golan (Syrie) et le long de la ligne de démarcation avec le Liban, pendant que Benyamin Netanyahou multiplie les déclarations martiales selon lesquelles «toute action militaire contre Israël entraînera une riposte immédiate de grande ampleur».

Liban, Egypte…

«Certes, Israël tapera dur si nécessaire mais ce sera contraint et forcé car son intérêt est que la situation actuelle du Proche-Orient perdure le plus longtemps possible, explique le commentateur politique Udi Segal. Nous avons en effet un régime syrien affaibli par deux ans de guerre civile et des opposants islamistes qui ne sont pas suffisamment puissants pour représenter un danger. De plus, le Hezbollah perd son crédit en raison de son implication en Syrie et le Liban s’enfonce de nouveau dans la violence.» Et de poursuivre: «Ajoutez à ce panorama le fait que l’Egypte est plongée dans ses problèmes internes, que le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza est complètement isolé, et que l’Iran adopte un profil bas. C’est tout bénéfice pour l’Etat hébreu. Qui aurait pu imaginer cela il y a quelques mois à peine? Soudain, Israël passe pour une oasis de calme et de prospérité économique au milieu d’une région où tout le monde s’entre-tue. Quel retournement!»

Selon les estimations de l’Aman (renseignements militaires) et du Mossad, la possibilité existe de voir la Syrie déclencher un conflit ouvert avec l’Etat hébreu. Mais elle est réduite. Parce que l’armée syrienne, qui a perdu la moitié de ses effectifs et de son matériel, n’est plus en état de le faire. Et parce que Bachar el-Assad n’a pas intérêt à ouvrir un deuxième front, fût-ce avec l’aide du Hezbollah.

Pourtant, les Israéliens de la rue sont persuadés du contraire. Selon plusieurs sondages publiés la semaine dernière, 68% croient qu’une guerre éclatera prochainement et que leur armée réglera les comptes de la guerre du Kippour (octobre 1973) avec la Syrie et de la deuxième guerre du Liban (été 2006) avec le Hezbollah. Des milliers d’entre eux font donc la queue pendant parfois une journée afin de recevoir leur «kit de survie» (un masque à gaz, une piqûre d’atropine, un manuel) qui devrait les protéger d’éventuelles attaques chimiques venues du côté syrien du plateau du Golan ainsi que des salves de roquettes du Hezbollah.