Que s'est-il passé aux alentours du 7 juillet sur le front du Haut Karabakh, cette enclave arménienne en territoire azéri, théâtre d'un conflit latent depuis bientôt 25 ans? Des sources militaires arméniennes ont fait état d'une attaque de drone qui n'aurait fait que des dégâts minimes, blessant légèrement deux soldats des forces armées de l'Artsakh, le nom que les arméniens donnent à cette «république» non reconnue du Caucase du Sud.

L'information n'a pas fait de vagues: le dernier cessez le feu, négocié laborieusement en 2016, est régulièrement violé, les deux parties s'en renvoyant la responsabilité. Mais un mois plus tard le quotidien israélien Maariv a raconté une histoire qui faisait étrangement écho à cet incident: selon le journal, une délégation de la compagnie israélienne Aeronautics Defense Systems était en Azerbaïdjan à ce moment-là pour faire la promotion de leur dernier avion sans pilote, l'Orbiter-1K, un «drone kamikaze» dont la particularité est d'attaquer ses cibles en s'autodétruisant. «Une solution simple pour des situations complexes», écrit Aeronautics dans une vidéo très réaliste vantant les capacités de son drone, «tactique, létal et bon marché». Cette entreprise fournit depuis plusieurs années des drones à Bakou et en fabrique sous licence sur place, sous le nom de «Zarba».

Vigoureux démenti

Selon Maariv, les militaires azéris auraient demandé que l'Orbiter soit testé contre des cibles arméniennes dans le Haut Karabakh. Ils voulaient aussi filmer l’opération. Mais les deux opérateurs israéliens du drone auraient refusé, malgré les pressions de leurs supérieurs, poursuit le quotidien, qui relate que l'essai a bien eu lieu mais qu'il n'a pas causé les dégâts escomptés, le drone ayant été piloté par des personnes sans l'expérience requise.

Dans un communiqué diffusé en Israël, l'entreprise a vigoureusement démenti cet épisode rappelant qu'elle n'effectuait «jamais des démonstrations sur des cibles vivantes». Les deux employés auraient, selon Maariv, quitté depuis l'entreprise. Mais le Ministère de la défense a ouvert une enquête sur leurs allégations avant de décréter, fin août, le «gel» des exportations d'Aeronautics à destination de l'Azerbaïdjan, l’un de ses «plus importants clients», selon l’entreprise.

Question troublante

Cette décision, qualifiée de «rarissime» par la presse israélienne, a été accueillie avec beaucoup de satisfaction par les Arméniens qui depuis des années dénoncent l'intense coopération militaire entre l’État hébreu et leur ennemi de toujours, l'Azerbaïdjan, qu’ils voient comme le bras armé de la Turquie. Certains saluent le «courage» des deux opérateurs qui ont tiré la sonnette d’alarme, d'autres spéculent sur le degré d'implication des spécialistes israéliens aux côtés des militaires azéris.

«Cela pose la question très troublante de qui a piloté les drones azéris lors de la phase la plus active des combats l'année dernière», s’interroge depuis Erevan l’analyste politique Arman Abomian, en référence à la violente reprise des hostilités au Haut Karabakh connue sous le nom de «guerre des quatre jours». En avril 2016, c'est un autre «drone tueur» israélien, le Harop, qui s'est abattu sur un car transportant des recrues arméniennes tuant sept d'entre elles. En Arménie, des officiels nous avaient alors fait part de leur amertume et incompréhension de voir Israël, un Etat qui, selon eux, devait plus que quiconque être sensible aux sort des Arméniens ayant survécu au génocide, soutenir à ce point le régime de Bakou.

Le soutien militaire israélien à l’Azerbaïdjan est en effet massif: l’État hébreu contribue à la modernisation des forces armées du pays et y vend une large panoplie d’avions sans pilote, un domaine dans lequel les entreprises israéliennes sont reconnues pour leur savoir-faire. Grâce à cette coopération avec le pays du président Ilham Aliyev, dont la famille règne sur les destinées de l’Azerbaïdjan depuis son indépendance en 1991, Israël aurait aussi obtenu une faveur précieuse: celle de pouvoir intervenir à sa guise contre l’Iran, pays voisin de l’Azerbaïdjan et ennemi juré de l’État hébreu.