Devant le poste de police de Sderot, à quelques kilomètres de Gaza, des dizaines de roquettes s'entassent, rouillées et éventrées. Consciencieusement, les agents les ramassent chaque fois qu'elles tombent alentour, les cataloguent et les conservent, preuve indéniable de leur enfer quotidien. «Plus de 7000 Qassam ont été lancées depuis 2001, on n'en peut plus, tempête Eli Moyal, maire de Sderot. Les gosses n'osent plus jouer dehors, les terrasses des cafés sont désertées. Nous avons les forces et la technologie nécessaires pour liquider les terroristes de la bande de Gaza en un rien de temps, mais nous ne le faisons pas afin d'épargner les civils. Il y a un jour, pourtant, où nous perdrons notre moralité et notre patience.»

Question de semaines

Ce jour, peut-être, est imminent. «Nous augmentons au maximum la pression sur le Hamas, tout en laissant une dernière chance à la diplomatie. Si cela ne marche pas, que les roquettes continuent à pleuvoir, l'intervention militaire sera inévitable», admet Ori Shoham, chargé des relations entre le cabinet israélien et la Knesset. «Ce n'est probablement pas une question de mois, mais de semaines», confirme Arye Mekel, porte-parole du Ministère des affaires étrangères. Deux ou trois tout au plus, selon un proche du gouvernement. Pour l'heure, le premier ministre Ehoud Olmert se borne à évoquer la prise d'une décision «très proche».

De fait, les contacts diplomatiques se sont multipliés ces derniers jours. L'Egypte a été mandatée pour mener des négociations entre les deux parties. Une délégation du Hamas s'est rendue lundi au Caire afin de rencontrer le chef des renseignements égyptiens, le général Omar Souleimane, tandis que le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a discuté avec le président Hosni Moubarak. En jeu: une trêve dans la bande de Gaza. «Les dirigeants du Caire ne font pas ça pour nous faire plaisir, mais parce qu'ils savent ce que signifie être aux prises avec des islamistes. Ils redoutent l'entrée de Palestiniens radicaux sur leur sol», note-t-on au Ministère des affaires étrangères, à Jérusalem.

En contrepartie à un arrêt des tirs de roquettes, le Hamas exige la fin des incursions israéliennes - quasi quotidiennes -, la levée du blocus qui étouffe la population palestinienne depuis janvier dernier et la réouverture des points de passage. Outre le cessez-le-feu, le gouvernement d'Ehoud Olmert réclame la fin de la contrebande d'armes entre l'Egypte et la bande de Gaza ainsi que la reprise des discussions en vue de la libération du soldat Gilad Shalit, capturé en 2006.

La France intervient

Selon le Hamas, plusieurs pays européens seraient également entrés dans la valse des négociations. La France a confirmé, précisant cependant qu'il s'agissait de «contacts», plus que de «relations». Européens et Américains avaient en effet rompu tout lien avec le parti islamiste après sa conquête de Gaza par la force, en juin 2007. Et avaient posé trois conditions à une reprise du dialogue: la reconnaissance de l'Etat d'Israël, l'acceptation des acquis du processus de paix et le renoncement à la violence. Lundi, Washington a estimé que les «contacts» entre l'Hexagone et le mouvement radical palestinien n'étaient «ni sages, ni appropriés, ni même utiles».

Tandis que nombre d'Israéliens poussent le gouvernement Olmert à envoyer des troupes dans la bande de Gaza, «pour en finir une bonne fois pour toutes», d'anciens hauts responsables des forces armées viennent de signer une pétition contre une possible offensive. Ils estiment que «mettre fin au régime du Hamas à Gaza ne constitue par un objectif réaliste et que réinstaller le Fatah au pouvoir grâce aux baïonnettes israéliennes n'est pas désirable».

«Nous voulions quitter Gaza mais Gaza ne veut pas nous quitter», maugrée Arye Mekel. Une ultime rencontre est prévue dans deux semaines entre Ehoud Olmert et Hosni Moubarak...