Malgré la «liquidation» d'un responsable local des Brigades des martyrs Al Aqsa par Tsahal et l'attaque d'une colonie juive de la bande de Gaza par un groupe palestinien (quatre blessés israéliens), le climat est toujours au rapprochement entre l'Autorité palestinienne (AP) et l'Etat hébreu. Dans ce cadre, Ariel Sharon et son homologue palestinien Mahmoud Abbas se retrouveront la semaine prochaine pour une quatrième rencontre au sommet. Au cours de celle-ci, ils examineront la question de la libération de certains des 6000 prisonniers palestiniens enfermés depuis le déclenchement de l'Intifada en septembre 2000.

A la veille du Sommet d'Aqaba (le 4 juin), Israël avait symboliquement libéré une vingtaine de détenus malades ou âgés. Huit autres ont également été relaxés mercredi soir et ils ont été suivis jeudi par un nouveau contingent d'une quarantaine de «terroristes» présumés. Des «détenus administratifs» (sans procès et sans inculpation précise) parmi lesquels se trouvait le colonel Souleiman Abou Moutlak, le principal collaborateur du ministre palestinien de la Sécurité intérieure, Mohamad Dahlan, lorsque ce dernier était le responsable du Service de sécurité préventive de la bande de Gaza.

Exigée par Dahlan en échange de la reprise de la collaboration sécuritaire entre les services de sécurité palestiniens et ceux d'Israël, la libération de Moutlak a évidemment été appréciée par l'AP. Mais elle provoque une vive polémique dans l'Etat hébreu où ce colonel est considéré comme l'organisateur, il y a près de deux ans, d'une attaque contre un autobus transportant des écoliers de la colonie juive de Kfar Darom (bande de Gaza). L'affaire avait alors fait d'autant plus de bruit que trois enfants étaient morts et que plusieurs autres avaient dû être amputés de une ou des deux jambes.

Même si Abou Moutlak n'a jamais été inculpé dans ce dossier, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer sa relaxe. Et pour appeler Sharon à «maintenir les assassins en prison». Au sein du Likoud (son parti), plusieurs personnalités tel le président de la Knesset, Ruby Rivlin, ainsi que les ministres Dany Naveh et Gidon Ezra ont d'ailleurs lancé une campagne «pour faire cesser cette injustice qui salit la mémoire de nos morts». Mais de son côté, Sharon semble décidé à aller de l'avant puisqu'il présentera dès dimanche une nouvelle liste de «libérables» sélectionnés par le Shabak (la Sûreté générale).

Selon plusieurs sondages publiés cette semaine, les Israéliens sont «troublés» par la rapidité du rapprochement en cours avec les Palestiniens. Si 65% d'entre eux le soutiennent, une même proportion se déclare «opposée à la libération de criminels ayant du sang sur les mains». Dans les prochaines semaines, la campagne du trio Rivlin-Naveh-Ezra risque en tout cas de s'amplifier puisque des négociations secrètes sont également en cours en vue de la libération de Marwan Barghouti, le leader du Fatah de Cisjordanie, que la justice de l'Etat hébreu présente comme «l'architecte de l'Intifada».

En cours de jugement pour sa participation alléguée à 37 attentats ayant causé la mort de 26 Israéliens, ce personnage haut en couleur risque une condamnation à perpétuité. Mais paradoxalement, l'entourage de Sharon, qui présentait sa libération comme «impensable» il y a quelques semaines, se montre moins formel. Désormais, il n'affirme plus qu'une telle mesure est «impossible», mais seulement «qu'il est trop tôt pour en parler».