La remise en liberté des 13 Libanais a failli ne pas avoir lieu. Batia Arad, la mère d'un pilote israélien disparu au Liban, avait en effet introduit, in extremis, un recours devant la Cour suprême d'Israël. Elle réclamait que ces détenus libanais soient gardés en prison en vue de servir de monnaie d'échange à la libération de son fils. Malgré l'approche du seder (le repas de fête qui marque l'ouverture de la Pâque juive), la Cour suprême s'est réunie mercredi matin sous la présidence du juge Aharon Barak. L'avocat de Batia Arad concédait que ces Libanais avaient été détenus illégalement durant de nombreuses années, mais il suggérait tout de go de leur octroyer le statut de prisonnier de guerre et qu'ils puissent bénéficier des visites du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). La Cour suprême est revenue sur son premier arrêt et a déclaré illégale la détention administrative des 13 Libanais. Elle estime leur emprisonnement, sans procès, ni jugement, contraire au droit international. Dès sa lecture, l'arrêt est devenu exécutoire immédiatement.

Les 13 Libanais, qui se trouvaient depuis mardi dans une base israélienne près de la frontière, sont alors montés dans un autocar. Ils avaient les yeux bandés et les mains liées. Le véhicule a pris la route du Liban-Sud, où ils ont été confiés aux délégués du CICR, puis remis en liberté. Les parents et amis – une foule de 1500 personnes – leur ont réservé un accueil délirant. Ils les attendaient avec d'autant plus d'impatience qu'ils avaient été toute la matinée à l'écoute des bulletins d'information de la chaîne en arabe de la radio israélienne.

Mais cette joie n'était pas complète. Il aurait fallu que cheikh Abed al-Karim Obeid et Moustafa Dirani, deux chefs du Hezbollah enlevés par Israël, soient aussi libérés. Sur décision du Tribunal de district de Tel-Aviv, ceux-ci resteront encore dans les geôles israéliennes jusqu'au 8 mai prochain. Le gouvernement israélien espère obtenir d'ici là en échange quelques renseignements sur le sort du capitaine Ron Arad, ou faire voter en toute hâte un texte de loi autorisant leur maintien en prison.

La veille, mardi, le Hezbollah s'était manifesté en tirant des roquettes Katioucha sur des villages frontaliers israéliens. La dernière attaque de ce genre s'était produite en juin dernier. Il s'avère cependant que ces tirs étaient des représailles aux bombardements au mortier lourd de l'ALS (la milice pro-israélienne) contre la localité libanaise de Majdal-Zun, qui avaient causé la mort d'un ouvrier syrien et en avaient blessé trois autres. Peu après l'incident, un missile antichar avait atteint une position de Tsahal dans la zone de sécurité et les éclats avaient blessé deux militaires.

Test des intentions syriennes

«On peut craindre que les attaques à la roquette se multiplient à l'approche du retrait du Liban-Sud», disait mardi soir, d'un air soucieux, le président israélien, Ezer Weizmann. Quant aux raids de l'aviation israélienne sur les positions du Hezbollah, ils se poursuivent sans désemparer. Le porte-parole de Tsahal annonce que les appareils israéliens ont détruit un canon d'une portée de 15 à 20 km aux mains des miliciens islamistes. Ces derniers l'auraient reçu, via Damas, de l'Iran.

Selon le chef d'état-major de l'armée israélienne, l'aile dure du régime iranien encourage le Hezbollah à faire en sorte que le retrait du Liban-Sud prenne l'allure d'une débandade. «Les islamistes extrémistes, qu'ils soient iraniens ou libanais, souhaitent le voir se dérouler sous le feu des pièces d'artillerie et des missiles, comme autrefois à Saigon», a affirmé le général Shaoul Mofaz devant la commission parlementaire des affaires étrangères et de la défense. Toutefois, pour Ehud Barak, ce retrait constituera le vrai test des intentions syriennes. «Si tout se passe sans encombre, la voie de la négociation s'ouvrira de nouveau. Dans le cas contraire, la paix avec la Syrie deviendra une histoire de plusieurs générations», tenait à préciser le premier ministre israélien. En tout cas, Ehud Barak et Bill Clinton ont promis de se rencontrer tout de suite après l'évacuation israélienne du Liban-Sud, prévue pour juillet. Peut-être pour supputer à ce moment-là les chances d'une relance du processus de paix israélo-syrien…