Israël a obtenu la tête du professeur canadien William Shabas, chargé d’une enquête explosive sur les crimes commis lors de l’offensive dévastatrice contre Gaza l’été dernier. Dans sa lettre de démission, le président de la commission de l’ONU admet qu’il a rédigé une expertise juridique pour le compte de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 2012. Un mandat rémunéré 1300 dollars, a-t-il précisé.

La mission permanente israélienne à Genève avait averti vendredi l’ONU de ce «conflit d’intérêts flagrant». L’enquêteur a donc préféré démissionner avec effet immédiat pour ne pas compromettre le rapport sur les présumés crimes de guerre commis par Israël mais aussi par le mouvement islamiste Hamas. Un document qui est en train d’être rédigé et qui sera présenté le 23 mars devant le Conseil des droits de l’homme.

Israël a d’ores et déjà annoncé qu’il ne se satisfaisait pas de cette démission. Mardi, le premier ministre Benyamin Netanyahou a appelé l’ONU à «enterrer» le rapport. Nommée en août 2014, la commission n’a pas pu se rendre à Gaza, faute de l’autorisation d’Israël. Le gouvernement israélien a toujours contesté la légitimation de cette commission, accusée de biais pro-palestinien.

Les vocations sont rares

La commission d’enquête est composée de deux autres experts, le Sénégalais Doudou Diène, ancien rapporteur spécial sur le racisme et qui avait critiqué il y a quelques années la politique de la Suisse, et l’Américaine Mary McGowan Davis, une ancienne procureure de New York. Trouver des volontaires pour siéger dans la commission avait été une tâche ardue. D’autant que ses membres ne sont pas rémunérés. Désignée par l’ONU, l’avocate Amal Alamuddin, épouse de l’acteur américain George Clooney, avait finalement refusé le poste.

Le président du Conseil des droits de l’homme, l’Allemand Joachim Ruecker, a annoncé mardi dans un communiqué qu’il était en discussion avec les deux membres restants de la commission pour désigner un nouveau président. L’ONU défend en tout cas le travail de la commission, qui a interrogé des témoins et des victimes «des deux côtés». Avec cette démission, «même l’apparence d’un conflit d’intérêts est évitée», estime Joachim Ruecker.

«Mes opinions sur Israël et la Palestine, comme sur d’autres sujets, sont publiques et connues. Mon travail en faveur de la défense des droits de l’homme m’a valu d’être la cible d’attaques malveillantes. Cette offensive n’allait que s’intensifier ces prochaines semaines», écrit pour sa part William Schabas.