Politique

En Israël, «petite révolution politique» à la tête des travaillistes

Au terme de primaires beaucoup plus serrées que d’habitude, le parti travailliste israélien s’est donné un nouveau président en la personne d’Avi Gabbay. Une surprise

Avi Gabbay (50 ans) a été élu à la tête du parti travailliste israélien par 52,4%, contre 47,6% à son rival Amir Peretz. Une surprise puisque le nouveau leader de la gauche et du camp de la paix de l’Etat hébreu est entré en politique il y a deux ans, après avoir longtemps dirigé la compagnie téléphonique nationale «Bezek».

«Le résultat de cette primaire est une petite révolution politique qui s’inscrit dans l’esprit de dégagisme que nous connaissons actuellement», explique le chroniqueur politique Hanan Krystal. «Le vétéran Amir Peretz (65 ans) avait pour lui l’expérience et le fait qu’il contrôlait l’appareil ainsi que la Histadrout (le syndicat). Mais la base exigeait un renouvellement des cadres, un changement de génération et des idées nouvelles, voilà pourquoi elle a voté pour une personnalité peu connue du grand public et qui ne semble pas impliquée dans les calculs politiciens traditionnels.»

Issu d’un quartier défavorisé

D’origine marocaine, Avi Gabbay est né dans une baraque sise au milieu d’un quartier défavorisé de Jérusalem. Il a notamment travaillé comme garçon d’ascenseur dans l’un des hôtels de la ville et s’est payé des études supérieures à la force du poignet. Diplômé en économie, le nouveau leader travailliste a entamé sa carrière politique au sein du parti centriste «Koulanou» pour lequel il a mené campagne lors des élections législatives de mars 2015.

Certes, il n’a pas été élu à la Knesset mais s’est retrouvé propulsé ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Benyamin Netanyahou, qu’il a quitté en 2016 parce qu’il le trouvait «antisocial». Son chemin l’a ensuite mené au parti travailliste où beaucoup se sont gaussés de son inexpérience et de son «opportunisme». Le nouveau leader de la gauche israélienne incarne un travaillisme totalement différent de celui d’Amir Peretz. Mais également d’Itzhak Herzog, son prédécesseur éliminé la semaine dernière dès le premier tour des primaires. Car ce dernier, avocat d’affaires n’a pas vraiment la fibre sociale.

Considéré comme un bourgeois bon chic bon genre, il est d’ailleurs le représentant de l’establishment ashkenaze (originaire d’Europe) qui a longtemps méprisé la population séfarade (originaire du bassin méditerranéen) aujourd’hui majoritaire dans le pays. En outre, durant sa présidence, Itzhak Herzog ne s’est jamais manifesté par une grande agressivité à l’égard de Benyamin Netanyahou et de son gouvernement. Normal si l’on sait qu’il a, au lendemain des législatives de 2015, trahi son électorat et sa base militante en menant des négociations secrètes avec le premier ministre en vue de la constitution d’un gouvernement d’union nationale.

Itzhak Herzog reste le leader de l’opposition à la Knesset

Sous la présidence d’Itzhak Herzog, le parti travailliste s’est d’ailleurs plus tourné vers le centre que vers la gauche. Il s’est également distancié de la Histadrout et du mouvement La paix maintenant. Avi Gabbay maintiendra-t-il le même cap? Puisqu’il n’est pas élu à la Knesset, il a promis qu’Itzhak Herzog restera le leader de l’opposition dans cette assemblée. Mais il s’est également engagé à ce que le parti qu’il dirige désormais n’entre pas dans le gouvernement de Benyamin Netanyahou. «Si nous devons le soutenir, nous pouvons très bien le faire de l’extérieur», a-t-il dit.

A tort ou à raison, de nombreux commentateurs politiques israéliens comparent Avi Gabbay à Emmanuel Macron en insistant sur le fait que personne ne le connaissait il y a deux ans et qu’il s’est imposé seul contre tous. Mais la ressemblance s’arrête là car le parti travailliste n’incarne pas la nouveauté et, contrairement à ce qui se passait il y a quelques semaines avec En marche, les sondages ne lui prédisent pas un avenir radieux. En effet, si les Israéliens devaient voter aujourd’hui, Avi Gabbay et ses amis ne récolteraient pas plus de 18 sièges à la Knesset contre vingt-cinq actuellement. Son influence serait donc encore plus limitée qu’elle ne l’est aujourd’hui.

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